Octobre 2008 : Intuition et Recherche

Synthèse de notre réunion d’octobre 2008 sur le thème :

INTUITION & RECHERCHE

Entre doutes et certitudes, l’intuition est souvent le point de départ de toute recherche.

LIMINAIRES (Contributions et apports extérieurs) :

Définition : l’intuition est une forme de connaissance ou de travail intellectuel indépendant de la raison, par laquelle l’objet de la connaissance est immédiatement et entièrement présent à l’esprit.

Etymologie : Le mot latin intuitio désigne l’action de voir une image dans une glace ; In tueri, regarder vers l’intérieur.

Il existe trois modes de connaissance de la réalité, la connaissance discursive ou inductive qui n’atteint le réel qu’au travers de concepts en faisant appel au raisonnement, la connaissance intuitive qui apporte directement cette connaissance à l’intellect et la connaissance méditative.

DESCARTES : pense que la raison a des intuitions ; il affirme en effet que celles-ci sont « des représentations qui sont le fait de l’intelligence pure et attentive, l’intuition illumine une idée qui jusque-là nous échappait. C’est cette lumière qui accompagne les opérations de la connaissance discursive.

Chez KANT : l’intuition est aussi une façon immédiate et sans intermédiaire de présenter un objet quelconque à la conscience. Elle ne saisit jamais que des phénomènes, c’est-à-dire les choses telles qu’elles nous apparaissent et non telles qu’elles sont en soi.

Selon BERGSON : l’intuition est une connaissance comparable à un instinct supérieur. BERGSON rejoint PASCAL pour qui l’intuition est de l’ordre de cet instinct supérieur qu’il appelle le cœur, tous deux reconnaissent à l’esprit ce pouvoir de sentir par le cœur.


Par quel mécanisme notre cerveau prend-il une décision ?

Le cerveau utilise deux stratégies de compréhension très différentes. La première est bien connue : en situation d’apprentissage, on réfléchit à ce que l’on fait et l’on finit par produire une réponse adéquate. Cette stratégie consciente est logique et définitive, mais aussi lente et laborieuse. La seconde stratégie est beaucoup plus rapide et efficace, car elle permet de comprendre quasiment immédiatement ce qui se trame.

L’intuition s’appuie sur le  » balayage superficiel  » c’est-à-dire notre faculté à plonger rapidement au cœur des enjeux ou d’englober les méandres d’une situation à partir d’indices captés en surface. Les décisions pertinentes reposent sur un équilibre entre pensée délibérée et pensée instinctive.

La pensée dite délibérée commence par « apprendre », acquérir des connaissances ou un savoir par un travail intellectuel ou par l’expérience, afin de posséder un « savoir » afin de « connaître » par soi-même et accéder à l’entendement, c’est-à-dire à la faculté de « comprendre », d’incorporer, faire entrer en soi et pour finir prendre une « décision ».

Question 1 : Pourquoi rechercher, le sens de notre projet ?

(Extraits de la contribution de Nicole et Robert Violland)

La pensée de Pascal concernant l’esprit de finesse et l’esprit de géométrie est bien connue. Provenant d’un personnage qui possédait à un très haut degré ces deux sortes d’esprit, cette pensée mérite d’être méditée profondément à propos du domaine qui nous concerne ici, c’est à dire la recherche de sens, puisqu’a priori on peut dire qu’il s’agit bien là d’une affaire d’esprit.

En effet, cette pensée peut nous servir de point de départ pour travailler sur des notions extrêmement voisines qui nous concernent ici et qui sont :

- la relation et la synergie entre l’intuitif et le rationnel

- ou bien entre la foi et la raison

la foi étant prise ici aussi bien avec un sens agnostique qu’avec son traditionnel sens religieux.

Une mauvaise reconnaissance du dosage que l’on doit faire entre l’intuitif et le rationnel de manière à ce qu’ils agissent en synergie au lieu d’agir en adversaires, l’auréole d’infaillibilité dont se pare le rationnel, conduisent à des défauts majeurs dans notre société :

-la domination outrancière du « rationnel », -ou plus exactement d’ailleurs du pseudo-rationnel- dans les débats des « décideurs » : on veut toujours donner l’illusion que l’on appuie une décision sur une déduction rationnelle.

-le « respect humain » (*) qui nous gêne tous plus ou moins : il faut parfois faire preuve d’un certain courage pour défendre une conviction forte –mais non démontrable- devant des gens qui se targuent de n’admettre que ce qui est démontré : c’est le pot de terre contre le pot de fer.

-le dialogue de sourds, l’incompréhension ou même l’absence de dialogue, fréquents entre les « sciences dures » et les « disciplines molles ».

Il faut savoir mieux donner sa place à l’intuition, savoir lui faire réaliser une bonne synergie avec la rationalité, sinon notre société va continuer à s’enfermer dans des certitudes, dans des principes de précautions qui vont la stériliser au risque de la détruire.

Nos présupposés :

-la construction de l’avenir de l’humanité est entre nos mains et passe par une construction collective de l’Esprit (cf l’image de Teilhard de Chardin du cheminement de l’humanité vers une noosphère ) .

-nous acceptons le « mystère » (quelque chose qui nous dépasse, que l’on n’aura jamais fini de comprendre, mais sur le chemin duquel on peut toujours progresser : porte ouverte), mais nous refusons la « magie » (contentez-vous d’y croire sans chercher à comprendre : porte fermée)

- lorsqu’on parle de choses qui nous dépassent, en permanence être conscient qu’il ne faut pas se laisser abuser par le caractère forcément insuffisant et anthropomorphique des langages humains employés.


Question 2 – Intuition et instinct :

Définition : L’instinct est l’ensemble des comportements innés (par opposition aux comportements acquis), présent sous différentes formes chez toutes les espèces animales.

Ces phénomènes englobent tous les comportements indispensables à la survie, ce qui va des besoins vitaux comme la faim, la soif ou le sommeil à un comportement que l’on appelle la peur.

Des comportements instinctifs existent chez l’Homme en particulier chez le nourrisson comme le réflexe de succion du sein, ou les mouvements de marche automatique. Il existe également l’instinct grégaire.

Chez les adultes, il est plus difficile de faire la part des réactions instinctives dans la mesure où l’Homme étant devenu un animal culturel une grande partie de celles-ci sont masquées ou étouffées par l’apprentissage.

De nombreux échanges nous ont permis de nuancer ce qui pouvait relever des instincts en liens directs avec les fonctions vitales de la vie (alimentation, liberté de déplacement, reproduction), des réflexes ou de l’apprentissage qui apparaît comme un perfectionnement acquis par transmission d’aînés ou de l’environnement social.

Si ce qui qualifie l’homme par rapport à l’animal est sa capacité de « représentation » nous avons été amenés à nous interroger si l’intuition pouvait n’être que spécifiquement humaine.


Question 3 – Intuition, transcendance et immanence :

Définition : L’immanence désigne le fait de demeurer à l’intérieur. Un principe métaphysique immanent est donc un principe dont l’activité non seulement n’est pas séparable de ce sur quoi il agit, mais il le constitue de manière interne. Ce concept s’oppose à la transcendance, qui est le fait de sortir, d’aller à l’extérieur. L’utilisation de ces concepts nécessite la définition préalable de l’intérieur, de l’extérieur et de leur frontière.

SARTRE : Est immanence ce qui est intérieur à l’être d’une réalité et ne renvoie, ni pour son existence, ni pour son explication, ni pour sa valeur, à aucun principe extérieur ou supérieur, c’est-à-dire à aucun principe transcendant. Cette thèse peut être résumée par l’énoncé: tout est intérieur à tout.

Nous avons constaté notre grande difficulté à saisir la frontière qui pouvait délimiter l’immanent du transcendant, l’intérieur de l’extérieur tout en reconnaissant qu’il existait des « états » ou des « portes » ouvertes sur « quelque chose » nous renvoyant souvent à nous-mêmes. A été constaté également à ce propos la difficulté quasi collective à prononcer le mot de « Dieu » pour définir cet extérieur.

L’accès à ces « portes » sur l’infini, sur ces états de non-dualité, sentiment océanique ou de bien-être, ces expériences mystiques ne peuvent se faire qu’à travers des techniques et des pratiques telles que la méditation, la prière, le silence, contrôle de la respiration, etc…

Conlusion : comment et dans quelles limites mettre pratiquement et efficacement notre intuition au service de notre recherche ?

L’analogie avec l’attitude corporelle de la marche dans l’obscurité a été proposée avec la main gauche « intuitive » qui tâtonne dans le vide ou l’inconnu et la main droite accrochée au connu, à la « réalité » (rampe d’escalier, mur, etc…) résumant la nécessité de faire reposer toute démarche de recherche sur un équilibre, ou un « aller-retour » permanent entre l’intuitif et le raisonnable.

La notion de doute enfin et qui, s’il n’est pas paralysant, est un formidable moteur pour avancer dans la quête du sens.

Le petit rapporteur de séance.

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