Janvier 2009 – Les Principes Ternaires – Jean-Philippe Verles

LES PRINCIPES TERNAIRES
Jean-Philippe Verles
Cercle Averroès – Janvier 2009

Préambule :

Pour rester dans l’esprit de notre Cercle de réflexion, c’est-à-dire sans aucune affirmation d’une quelconque vérité qui puisse se prévaloir des autres, je vous propose aujourd’hui d’évoquer de façon chronologique différentes représentations ternaires. Ces représentations, nous les retrouvons dans la plupart des mythes anciens et encore aujourd’hui dans certaines cultures religieuses.
L’objectif de ce soir n’est pas de vous proposer un exposé fouillé sur chacun de ces principes (j’en serais bien incapable !), mais plutôt de tenter de comprendre ensemble comment l’esprit humain a construit ses systèmes de pensée. Je traiterai le cas de la Sainte Trinité Chrétienne séparément et sur un plan strictement historique laissant à chacun la liberté de l’associer ou non dans la lignée des autres principes ternaires que je développerai.
Je situe toujours mon propos au niveau de la croyance mais pas au niveau de la religion ou la foi, que je considère comme intime à chacun et donc non discutable.
Rappels de quelques définitions :
Croyance : adhérer par l’esprit à une représentation issue de son propre esprit ou d’esprits extérieurs. Ne pas croire c’est être sceptique, douter. Lorsque l’adhésion est totale elle devient une certitude, une vérité certaine.
Religion : système de croyances appelés « dogme » (Crédo chrétien) et de pratiques appelées « rites ».
Foi : par sa racine latine « fidès » signifie confiance, crédit, loyauté mais aussi engagement. Par sa foi, le croyant se met en « comptabilité » avec l’objet de sa confiance. Par la foi, le croyant obtient ou espère une contre partie.
Superstition : déviation du sentiment religieux, fondée sur la crainte ou l’ignorance et qui prête un caractère sacré à certaines_pratiques.
Fanatique : un homme qui a perdu le sens du jugement, au nom de sa conviction, un homme que sa foi, au lieu de l’éclairer, aveugle complètement.

1) Civilisations, Cultures et Mythes :

1 a) Structuration des sociétés primitives :
Dès l’aube de l’humanité (et aujourd’hui encore), l’Homme a été influencé par les peurs qu’il subissait : celle de la nature hostile autour de lui, celle des autres groupes humains ou animaux sauvages, la peur de ne pouvoir chasser, cueillir et plus tard élever du bétail et cultiver pour subvenir à son alimentation. Mais surtout, la peur qui reste pour l’inconscient humain la plus forte, c’est celle de la mort !
Ces peurs vont s’abriter derrière des « dieux » sensés protéger l’être humain, ou le punir, par l’action des éléments souvent naturels qu’ils représentent.  On les retrouve sous divers noms de dieux des éléments, de la guerre, de la fertilité, de la fécondité, etc… Les premiers dieux étaient aussi « présents » dans le quotidien de l’Homme primitif que les événements importants qui y survenaient : l’orage, la sécheresse, la naissance, la maladie, la mort, etc… Par nécessité de légitimité et de cohérence, ces dieux répondront également aux questionnements humains sur les origines dans des constructions mentales qui, nous le verrons, sont très simples et en fait très « naturelles ».
Des anthropologues ont montré que les premiers peuples sédentarisés présentaient déjà un trait commun : une organisation sociale selon trois fonctions : ceux qui prient, ceux qui combattent et ceux qui cultivent ou travaillent. Plus près de nous à la fois dans l’espace et le temps, l’organisation féodale médiévale reposait également sur ces trois piliers : le clergé pour prier, les soldats pour la défense du territoire et les paysans pour nourrir tout ce beau monde.

1 b) Points communs dans la perception et la représentation primitive du monde et de la vie :
A partir du moment où l’homme primitif a développé une capacité d’abstraction, de symbolisation et d’association, ses deux préoccupations principales ont été de concevoir et d’entretenir des croyances qui préservent la vie, éloignent la mort ou rendent son passage moins douloureux. Un deuxième couple nourrissait l’inconscient humain, c’était bien sûr le couple « homme femme » qui assurait la continuité et la force de la famille, de la tribu et autour duquel tout allait se structurer en groupes de plus en plus importants.
Par les deux prolongements de ces associations : la vie après la mort et l’enfant après le couple, les premiers principes ternaires primitifs étaient nés et sous-tendent encore nos modes de pensées actuels.

1 c) Mythes de la création = point zéro :
Les mythes définissent les coutumes sociales et les croyances ainsi que les rituels qui leurs sont associés. Ils expliquent les phénomènes naturels, les phénomènes psychologiques et les mettent en corrélation pour constituer un socle  commun de cohésion. Tous les mythes sans exception ont un « point zéro » marquant la naissance du groupe culturel. Ce sont les mythes dits « fondateurs ».
Lorsque l’homme a commencé à s’approprier son « univers », la référence à une puissance primordiale antérieure à toute chose s’est imposée et ce, quelque soit la société (ou la région du monde) dans laquelle il a évolué. Dans tous les mythes, il est très intéressant de relever cette chronologie :
1) Ce « dieu » est arrivé avant toute chose et surtout, avant toute forme de vie terrestre.
2) Ce « dieu » a eu pour première tâche de mettre en ordre les « éléments » : séparer , le haut et le bas, l’eau de la terre, la terre du ciel, le féminin du masculin, etc….
3) Une fois ces travaux réalisés, la première génération d’hommes a pu voir le jour. Sur ce dernier point, il y a des progressivités diverses, par exemple dans la mythologie grecque avec les Titans, les demi-dieux puis seulement après sont nés les hommes définitivement mortels.

2) Le premier mythe des origines : la déesse-mère à l’enfant :

Pour arriver à cette « première génération » d’hommes, on relève dans les toutes premières figures paléolithiques (-22/24000 ans) bien avant les premiers cultes sumériens (que nous verrons plus loin en -4000), égyptiens (-3000) ou grecs, la présence de Déesses Mères aux caractères sexuels hypertrophiés représentant la Terre, l’œuf primordial, la matrice, etc… fécondées par un principe masculin (le ciel, le vent, la pluie, etc…) pour donner naissance à la vie sous la forme d’un enfant.

C’est donc dans le paléolithique que naquit la première Trinité primordiale   qui, a des milliers d’années d’intervalles s’est retrouvée déclinée dans la plupart des civilisations sous une forme ou une autre, mais toujours une figure féminine fécondée par un Principe masculin supérieur puisqu’il s’agissait de la première génération. Jusqu’à nous, pour ceux qui les ont remarquées dans certaines églises, les vierges noires représentent cette première « vierge-mère » et que l’on confond souvent avec la Vierge chrétienne.

Cette première « Mère des dieux » apparait donc « naturellement » comme la divinité suprême, comme le principe de toute vie. Elle n’est pas seulement la mère des dieux, mais aussi des humains et des animaux, elle les nourrit, les protège, les guérit de la maladie etc…

La « déesse mère » et son « dieu fécondateur » même s’il est parfois marginalisé, seront vite associés aux rythmes des saisons donnant lieu aux premiers mythes agraires et de là par transposition aux humains aux mythes de la renaissance : mourir pour renaître à nouveau dans des cycles naturels comme la végétation après l’hiver. Je ne sais qui de l’un a généré l’autre, mais l’association de la vie humaine avec la vie de la nature était à cette époque et avant que l’on place l’homme au-dessus de la création… « naturelle » !

Il est intéressant de noter que ces rapprochements (vie humaine // vie de la nature) se sont faits au moment de la sédentarisation de l’homme, au moment où il s’est mis à développer l’agriculture et l’élevage. C’est en -10 000, pendant le néolithique, que les premières fêtes religieuses sont en effet apparues. On retrouve d’ailleurs des terminologies du monde de l’agriculture dans beaucoup de textes religieux comme dans la Bible avec la parabole du grain de blé « le grain doit mourir pour renaître » etc… C’est cette projection humaine dans l’espérance d’un renouveau du type agraire qu’ont pris naissances les premiers mythes de la quête de l’immortalité. (Gilgamesh -2.700 en Mésopotamie qui a perdu l’éternité au fond d’un lac qu’il avait pourtant su quérir après un long et douloureux parcours, tout comme le quatorzième morceau d’Osiris, le phallus, qui a été mangé par un poisson dans la mythologie égyptienne. Le poisson était le signe de reconnaissance des premiers chrétiens. Il symbolisait la vie éternelle ou la résurrection et fut remplacé à l’époque de Constantin par la Croix).

Dans la mythologie de la Grèce antique, l’origine du monde entier est représentée par « Chaos » duquel surgit « Gaïa »  la Terre définie déjà par son large sein et qui donna naissance à une première génération de dieux qui mirent les premières formes au monde, le ciel, etc…puis une deuxième génération de Titans pour donner enfin la troisième génération des dieux olympiens que nous connaissons davantage avec « Zeus » qui libéra du ventre de son père Cronos, ses frères : « Poséidon » (dieu de la mer) et « Hadès » (dieu des enfers) qui se partagèrent à eux trois (encore trois !) le monde.

A Rome le culte de la Grande Mère des dieux fut introduit en 204 av. J.-C.

On retrouve curieusement ces ensembles ternaires ou ces triades dans toutes les traditions religieuses et presque tous les systèmes philosophiques qui correspondent soit à des forces primordiales, soit à des faces d’un Dieu suprême. L’association : (homme + femme = enfant) s’est ainsi projetée dans la plupart des représentations cosmogoniques.

3) Le règne du 3 dans toutes les cultures :

Pour les chinois, le « 3 » est le nombre parfait, le nombre de l’achèvement de la manifestation,  le nombre de l’homme fils de la Terre et du Ciel.
Pour le bouddhisme, le temps est triple : passé, présent et avenir ainsi que le monde : terre, atmosphère et ciel.
Pour les hindous, la manifestation divine est triple (Trimurti) : Brahma, Vishnu et Shiva qui sont les aspects producteur, conservateur et transformateur.
Les Rois mages sont trois, pour honorer et symboliser les trois fonctions du Roi du Monde naissant : Roi, Prêtre et Prophète. On retrouve le trois dans les trois vertus théologales (Foi, Espérance et Charité).
Les trois maîtres de l’univers grec sont : Zeus pour le Ciel et la Terre, Poséidon pour les Océans et Hadès pour les Enfers.
Le chiffre trois est déjà présent dans la religion de l’Iran ancien dont la triple devise est : Bonne pensée, bonne parole et bonne action et par opposition l’esprit du mal qui se caractérise par la mauvaise pensée, la mauvaise parole et la mauvaise action… a un bon ternaire on oppose souvent un mauvais ternaire.
On retrouve le chiffre trois également dans les rites magico religieux chez les Arabes ainsi que dans certaines pratiques rituelles en tournant en rond pour symboliser à la fois l’accomplissement intégral et sa propre participation au monde invisible que l’on provoque par théurgie.
Le trois est ainsi « théurgique » et on le retrouve encore dans les incantations répétitives de nombreuses religions et en particulier chrétienne (Saint, Saint Saint est Son Nom, je ne suis pas digne de te recevoir mais dit trois fois une Parole…, trois prières consécutives, etc…).
Dans le Coran, il suffit de répudier trois fois sa femme pour en être légalement séparé (le Coran, comme la Torah sont des livres législatifs). Dans la Bible, le nombre trois est associé à la résurrection : Jonas (livres prophétiques) a été dans le ventre du poisson comme le Christ a été dans le sein de la terre pendant trois jours. Daniel priait trois fois par jour, (Dan 6 :10) ; Pierre a renié le Christ trois fois, (Matth 26 :74-75) ; et le Christ a prié trois fois Son Père avant d’être saisi pour être crucifié, (Matth 26 :36-45) mourir et réapparaître au troisième jour de sa lutte dans les enfers.
Le principe ternaire est la conséquence d’une opposition surmontée, c’est la troisième voie, la voie du juste milieu de Confucius. la voie de l’équilibre que l’on retrouve dans l’arbre de vie de la kabbale juive qui a multiplié les spéculations sur le chiffre trois dont tout procède nécessairement. Ainsi la création implique un créateur, l’acte de créer et la créature (Dieu, le Verbe et l’Homme).
Les trois œuvres de l’Alchimiste : l’œuvre au Noir, au Blanc puis au Rouge pour accéder à la Pierre de l’œuvre.
Et pour finir, le dicton populaire : « jamais deux sans trois » serait donc une vérité intangible ?

Les Cyclopes et leur troisième œil :
Ce sont des personnages mythiques à l’œil frontal (Cyclopes = œil rond ou œil à roue) qui est  l’œil de la connaissance.
L’ouverture de cet œil mystique était lié à la déification de l’Homme. Nous le voyons souvent dans les synagogues, comme dans certaines vieilles églises chrétiennes, au centre d’un triangle équilatéral (trois côtés égaux = divin).
C’est l’œil de la conscience, mais aussi de la culpabilité (l’œil divin qui suit Caïn dans la bible).
Le troisième œil hindou de Shiva (la destructrice) détruit toute manifestation, c’est à dire qu’il permet de passer du manifesté, au divin, de la matière à Dieu. C’est en Inde que nous trouvons la littérature la plus riche autour du troisième œil. C’est le troisième œil qui nous ouvre la porte de l’éternité.
On retrouve à l’emplacement de ce troisième œil frontal chez les égyptiens, un aigle sur le front « gardien de la Porte des dieux » et qui représente exactement le même principe du divin en l’homme ou de la porte de Dieu en l’Homme.

3bis) 3 principes d’organisation des ternaires :
Les différents ternaires traditionnels ne recouvrent pas nécessairement la même signification. Ainsi, on ne peut établir d’identité entre la Trinité chrétienne, la Trimûrti hindoue (Brahmâ, Vishnou et Shiva) ou le 1,2,3 du  Taoïsme.

Trois logiques différentes se rencontrent dans les ternaires :

1. un principe premier se dédoublant en deux complémentaires comme par exemple les principes masculin et féminin, le Ciel et la Terre ou comme l’Adam primordial de la genèse qui, après son endormissement, se retrouve avec son double féminin à ses côtés.

2. un ternaire composé de deux dualités complémentaires et de la résultante de leur union comme c’est le cas pour le Ciel, la Terre qui s’accouplent et créent l’Homme.

3. un ternaire « linéaire » où un terme engendre le second qui engendre le troisième, comme c’est le cas pour les « trois mondes » du Tao : la manifestation informelle, la manifestation subtile et la manifestation corporelle.

4 a)  Sumer :

Je vous propose maintenant de partir de la première manifestation d’un ternaire structuré qui semble avoir pris naissance à Sumer en Mésopotamie avec « Anu », « Enlil » et « Enki ».

En Mésopotamie (-4000/-3000) il existait plusieurs milliers de dieux Sumériens, mais trois s’imposaient comme primordiaux : An ou Anu, le dieu du Ciel, Enlil, le Seigneur-vent qui régnait à la surface de la terre et qui détenait le vrai pouvoir car il séparait le ciel de la terre, il était le médiateur et Enki qui n’était pas le créateur mais donnait la vie et aménageait les choses. Ce dernier gouvernait la nappe des eaux souterraines, mère des sources et des fleuves qui donnèrent à leur suite naissances à d’autres dieux sous forme également de principes ternaires comme  …

4 b) Ishtar, Sin et Shamash :
Les dieux babyloniens étaient conçus à l’image des hommes et on retrouvera trois dieux principaux associés, comme en Égypte avec Osiris, Isis et Horus et en Grèce avec Zeus, Poséidon et Hadès.
Dans la religion babylonienne, Shamash (soleil), Ishtar (étoile) et Sin (lune) représentent les divinités « arbitres » du genre humain. On retrouve les mêmes luminaires dans la Genèse : la lune (luminaire de la nuit), le soleil (luminaire du jour) et plus tard l’étoile du berger (luminaire guidant l’homme dans la pénombre) qui marquent le temps du genre humain et qui ordonnent et rythme les saisons. Comme dans la mythologie grecque, le temps « Cronos » est venu après les premiers dieux primordiaux.

Ishtar : Déesse de la vie et de la fertilité, mais aussi de la guerre et de la volupté (elle a tenté de séduire Gilgamesh), elle est la sœur de Shamash dieu de la lumière. Les Grecs l’assimileront à Aphrodite.
Shamash : Shamash était le dieu Soleil. Il est avant tout le juge suprême, car de sa position dans le ciel il pouvait voir tout ce qui se passait sur la terre. Le Code babylonien d’Hammourabi (-1.750) était placé sous les auspices de ce dieu. Les hébreux s’en inspireront dans la Torah sous la forme de la Loi Mosaïque après leur retour d’exil (-539).
Sîn : Dieu lune des Babyloniens, c’est le père de Shamash et d’Ishtar.  Sîn mesure le temps. Son symbole est le croissant lunaire.
La déesse Ishtar est à l’origine du premier grand mythe agraire : elle décide de descendre au monde inférieur (les enfers) pour prendre le pouvoir sur ce monde détenu par sa sœur Inanna ; elle échoue malheureusement et perd la vie.
Le monde supérieur (le monde des vivants), en son absence, perd sa force fertile ; il fallut l’intervention du seigneur des dieux (Enki le dieu de la Triade majeure) pour lui rendre la vie et l’extraire du monde des morts, mais son retour au monde des vivants sera cyclique et alternera tous les six mois.
Ce mythe permettait d’expliquer la succession des saisons et l’on notera exactement le même principe agraire dans le Mythe Grec de Déméter deux mille ans plus tard, probablement « importé » lors de l’arrivée en Grèce des premiers indo-européens d’Asie centrale (-1950).

5) Isis, Osiris et Horus :

Nous avions vu lors de l’exposé de Patrick Ho Van truc les différentes cosmogonies égyptiennes auxquelles sont associées des triades dont la plus connue est celle d’Isis, Osiris et Horus car elle est au fondement même du culte égyptien de la renaissance qui sera transmis dans tout le moyen orient.
On rappelle le « casting » du mythe : Seth, Osiris et Isis : deux frères et une sœur.

Il existe plusieurs versions du mythe mais on pourrait le résumer par une lutte entre le bien et le mal incarné par Seth qui, après avoir tenté de noyer son frère Osiris, le démembra en 14 morceaux et le dispersa dans le Nil. Sa sœur et femme Isis retrouva tous les morceaux sauf le phallus qui a fécondé le Nil avant d’être avalé par un poisson. Isis rassembla les treize morceaux, reconstitua le morceau manquant et en lui donnant un dernier souffle de vie elle pu s’accoupler à Osiris et être fécondée. Ils donnèrent naissance à « Horus » qui devint Pharaon alors que son père défunt devint le dieu des morts présidant le tribunal divin auprès duquel les âmes viendraient se faire peser.
On peut noter ici comme sous d’autres aspects, une certaine analogie avec la mort sur la croix, la renaissance et la perspective du Jugement dernier. Ce serait le résultat de la lutte des forces du bien contre celles du mal, le combat d’Horus contre Seth, jusqu’au jugement des dieux qui tranchèrent en nommant Horus Pharaon. Isis, le dieu sacrifié et immolé en premier lieu par le mal, devenant le dieu du jugement dernier. A noter qu’Horus incarnait le roi soleil « invaincu » par le mal, le fameux  « Sol invictus » des romains qui était célébré le 25 décembre au solstice d’hiver lorsque la lumière progressait à nouveau.
L’amour d’Isis est le symbole de la régénération et de la promesse de la vie éternelle. Le cycle de la destruction, de la mort et de la renaissance se répétait chaque année lors de la crue annuelle du Nil.
Osiris fut la première momie et inaugura les rites d’embaumements (avec le dieu Anubis) qui protégerait le défunt de la putréfaction. Il devint ainsi le dieu des morts, le Seigneur de l’au-delà et le président du tribunal divin lors de la pesée du cœur du défunt. Osiris est le garant de l’équilibre du Monde à travers la loi du « Maât ».
Maât : c’est la déesse gardienne de la morale et des rites, la gardienne de l’ordre des choses et elle était présente à l’origine de l’Univers. Ce serait en quelque sorte la Loi Universelle qui préside à l’équilibre de toute chose. Le rôle de Maât est Macrocosmique et Microcosmique, il dirige toute chose dans son ensemble et chaque chose dans son détail.

6) En Grèce : Déméter, Hadès et Perséphone :

Hadès, dieu souverain des morts enleva Perséphone la fille de Déméter pour en faire son épouse. Déméter, pour partir à sa recherche délaissa les récoltes de la terre, puis envoya Hermès pour négocier la « garde partagée » de la fille : 6 mois sur terre pour assurer les moissons et six mois sous terre. Ce mythe inaugurera les mythes agraires avec les cycles des saisons dans la mythologie grecque. On retrouve ici une retranscription du mythe d’Ishtar.

7 ) La Trimurti hindoue :

Dans l’hindouisme : la Réalité est Une, permanente et intemporelle comme le Dieu de la Bible : « Je suis celui qui est » mais l’analogie s’arrête là car nous verrons que nous ne sommes pas dans une logique d’une mort et d’une renaissance, mais bien dans des cycles de morts et de renaissances successives. On peut s’interroger sur le fait que  les civilisations orientales ont repris pour l’homme les cycles répétitifs de la nature alors que du côté occidental, on a promis directement une vie éternelle à chacun, glorieuse et définitive !
Pour expérimenter cette réalité Une, permanente et intemporelle, il faut se libérer des conditionnements ordinaires qui nous façonnent et ceci progressivement au rythmes des vies successives (Samsara) jusqu’à atteindre l’extinction (Nirvana).
L’Hindouisme est désigné en Inde comme le Dharma, la Loi Eternelle et Naturelle, l’ordre naturel du monde. La notion de divinité n’est pas forcément incluse dans cette définition.
Un autre concept gouverne la vie de tous les Hindous : c’est le karma ou l’action (cause) qui engendre une conséquence (effet). C’est une loi mécanique, sans notion de bien ou de mal. Mais au niveau humain, il est clair qu’une bonne action, engendre un « bon » karma.
L’hindouisme est très complexe et apparaît comme un ensemble de croyances accumulées au fil des siècles. Pour un Hindou, les voies d’accès au divin sont multiples et toutes sont acceptables, ainsi, on ne peut pas trouver position plus tolérante et moins dogmatique que les hindous.
La question centrale n’est pas l’existence ou l’inexistence de Dieu.
L’Hindouisme populaire est extrêmement profus. Il vénère et honore une multitude de dieux représentant les forces naturelles comme l’Orage, les eaux profondes, le vent ou le feu etc.. ; au fil des besoins de protections ou d’espérances des groupes.
Dans les Upanishad (Textes sacrés d’exégèse philosophique), plus tardifs que les Védas et qui datent de quelques siècles avant notre ère, apparaît pourtant le concept abstrait d’un Dieu Suprême et impersonnel, désigné sous le nom de Brahman. Mais ce Dieu des Sages et des « méditants » n’est pas celui de l’homme ordinaire. L’homme ordinaire a besoin de divinités plus proches auxquelles il peut adresser ses prières et présenter ses offrandes.
Les différentes philosophies de l’Hindouisme indiquent que tout l’Univers Manifesté procède des interactions entre Purusha Conscience Divine (Conscience Suprême) et Prakriti base de la Matière avant qu’elle ne se manifeste (Matière). Dieu, au sens ou nous l’entendons, n’a pas sa place dans cette approche dualiste ou Prakriti et Purusha, sont les deux principes mâle et femelle et semblables.
Purusha ou l’Être Suprême représente l’aspect non manifeste alors que Prakriti ou matière représente l’aspect manifesté de la création qui elle est représentée sous trois formes : la Trimurti avec : Brahma le créateur, Vishnou la conservation et la protection et Shiva symbolisant la destruction. Ces trois formes « président » ainsi aux trois états de l’univers : création, conservation-protection et enfin la destruction. Tout ce qui existe dans l’univers est créé, préservé, et détruit.
Brahmâ : Brahmâ est considéré comme le Dieu Créateur ou, plus précisément, comme l’énergie de création qui permet au Monde de parvenir à l’état manifesté. Il est un principe de Relation qui établit le lien entre les hommes, les dieux, etc…
Vishnu : le Conservateur dont des émanations (Avatars) prennent naissance dans le monde humain lorsque le Dharma/Loi naturelle est gravement menacé. Vishnu est le principe de l’Espace, de tout ce qui est tangible ou visible : la Terre, etc…
Shiva : Dieu de la Destruction-Transformation, qui procède aux transformations et aux changements nécessaires dans le monde. Il est le principe du Temps, le temps nécessaire à la transformation.

8 ) Au secours Pythagore ! le 3, le triangle, les triangles :

Dans l’Antiquité, il était courant de prêter aux nombres une signification particulière. Pythagore, philosophe et mathématicien grec qui vivait au VIe siècle avant notre ère, enseignait que toutes choses sont des nombres et que l’univers entier était un modèle de proportion et d’harmonie.

Les nombres et leur arithmétique, étaient quasiment divinisés par les Pythagoriciens un peu, comme l’alphabet hébreu et ses lettres « alphanumériques ». Ils ont l’avantage d’être ordonnés, asexués, génériques et permettent des constructions intellectuelles très intéressantes à travers leur combinaison directe (arithmétique) ou l’association de leurs représentations dans l’espace (géométrie). « Tout est nombre » et sur le fronton de l’école de Pythagore figurait la mention : « nul ne rentre ici s’il n’est géomètre ».
Comme dans la kabbale ou tous les éléments du monde se trouvent dans les dix nombres élémentaires (les Séphiroths) et les 22 lettres de l’alphabet hébreu, les nombres chez Pythagore représentent l’ensemble des forces qui ont conduit à la création.
Le zéro symbolise le non créé : l’ « Aïn Soph » des kabbalistes, le « néant » des grecs et des gnostiques, le « Chaos » originel. Puis, selon les traditions l’unité primordiale est mise en œuvre à partir du zéro et prendra forme, deviendra le « manifesté » qui pourra alors soit engendrer le reste de la création à lui seul, ou alors se « dissocier » en deux principes qui par leur union engendreront le monde en se multipliant.
Le premier récit de la Genèse, dit Sacerdotal (postérieur au second récit que l’on nomme, le Yahviste, plus ancien et qui a probablement été gardé en mémoire d’avant l’exil) a été probablement écrit par les nouveaux grands Prêtres lors du retour de Babylone et de la reconstruction du second temple à l’époque de l’influence grecque et avec elle de Pythagore (-500).

Ainsi, dans le premier récit de la Genèse biblique  on retrouve le rythme des nombres :
–    au premier jour, Dieu créa le Ciel et la Terre et en séparant la Lumière des Ténèbres il permit qu’il y eu un deuxième jour.
–    Au deuxième jour, Dieu sépara les eaux d’en haut des eaux d’en bas et fit le firmament qu’il appela « Ciel ». Le firmament fait partie de la représentation que les anciens Hébreux se faisaient de l’univers. La terre apparaissait comme un disque plat. Elle était coiffée d’une demi sphère (solide) dont les bords rejoignaient l’horizon. Au-dessus du firmament se trouvaient les réserves d’eau, de grêle et de neige. Des « fenêtres » permettaient les précipitations. Le soleil, la lune et les étoiles étaient fixés comme des luminaires à l’intérieur de cette voûte.
–    Au troisième jour, il rassembla les eaux d’en bas et fit la Terre et de ce qui resta, les mers. Il féconda la terre avec les arbres, les fruits. Tout était prêt pour accueillir la vie. Mais il manquait l’horloge (Cronos).
–    Au quatrième jour, il créa les deux luminaires Soleil et Lune comme puissances du jour et de la nuit et pour encore séparer la lumière et les ténèbres (…) et pour qu’ils servent de signes, tant pour les fêtes, les jours et les années. L’horloge de la Terre était lancée.
–    Au cinquième jour : la vie, les poissons, les oiseaux … et les grands serpents de mer …
–    Au sixième jour, arriva ce qu’il devait arriver : les bêtes sauvages et l’Homme
Dans le deuxième récit de la Genèse (plus ancien) il n’y a pas de rythme ou de séquences numériques ni dans celui de Jean.
Les nombres n’ont pas un sens purement quantitatif mais pour les Pythagoriciens ils ont une signification qualitative et symbolisent, comme toute chose, des réalités d’ordre supérieur.
Le Trois est l’expression d’un ordre intellectuel et spirituel que l’on trouve en Dieu, dans le Cosmos puis dans l’homme. Comme l’expression d’un chemin à parcourir par exemple à partir du Tao (la potentialité) qui produit « un », le « un » qui produit « deux » et le « deux » qui produit « trois ».
Le triangle : est très souvent utilisé dans les représentations en Inde, en Egypte, en Grèce, à Rome, sur les temples et sur les frontons de nombreuses Eglises chrétiennes (souvent d’ailleurs aussi avec la pointe du haut amputée signifiant que la spiritualité ultime est dans le monde de Dieu et donc au-dessus du matériel que l’on ne peut donc voir).
Sur les frontons des temples et Eglises les proportions de ces triangles ne sont pas laissées au hasard : 108° au sommet et 2x 36° à la base, on notera que 108 est = à 3 x 36 et que le rapport des côtés donne le nombre d’or (1,618033) symbolisant l’harmonie divine que l’on se doit d’appliquer dans les constructions sacrées et que Léonard de Vinci représentera à l’échelle de l’homme en précisant d’ailleurs que l’Homme doit rester la mesure de toute chose.
Dans le judaïsme, le triangle équilatéral (trois côté égaux) symbolise Dieu, dont il est interdit de prononcer le nom qui d’ailleurs est inscrit sous les lettres imprononçables Yeh Ho Waw He en son centre, dans le christianisme il représente la Trinité. L’œil que l’on trouve quelque fois à la place du tétragramme hébreu symbolise le Soleil d’où émane la Vie et la Lumière, le Verbe, le Logos grec, le principe créateur, etc…

9) Le TAO

Le Tao est l’œuvre de Lao-Tseu (570 avant J.C). Il nous vient de Chine. Le Tao est l’expression des contraires nécessaires l’un à l’autre. Ainsi le chaud et le Froid, la Lumière et l’Obscur, le Féminin et le Masculin, le Sec et l’Humide, le Ciel et la Terre Etc. Le tout est formulé dans le concept du Yin et du Yang.

Le tao est un principe primordial, puissant et unique qui détient en son sein, et depuis l’origine, deux propriétés distinctes et complémentaires : le yin et le yang. Il manifeste sa puissance par leur intermédiaire. C’est ainsi que se trouvent créés le ciel, la terre et l’homme, triade du taoïsme.
Le tao indéfinissable (potentialité) engendre le un (unité primordiale manifestée mais informelle) , le un engendre le deux (le yin et le yang), qui engendrent trois  (Ciel, Terre et l’Homme) et qui ensuite engendrent tous les êtres vivants.
Tout part du tao, mais tout y revient. Le tao appelle tous les êtres à naître, à mourir, à renaître.

10 ) Le Sceau de Salomon combinaisons de deux « 3 » :

Le sceau de Salomon, étoile à 6 branches composée de 2 triangles équilatéraux entrecroisés. Elle contient les 4 éléments : le triangle la pointe en haut représente le feu, le triangle la pointe en bas représente l’eau, le triangle du feu tronqué par la base du triangle de l’eau désigne l’air, à l’opposé le triangle de l’eau tronqué par la base du triangle du feu correspond à la terre. Le tout réuni dans l’hexagramme constitue l’ensemble des éléments de l’univers.

Le sceau de Salomon englobe les 7 métaux de base, soit la totalité des métaux, ainsi que les 7 planètes qui résument la totalité de notre ciel. Au centre résident l’or et le soleil. La pointe supérieure est l’argent et la lune, l’inférieur est le plomb et Saturne, les pointes de droite en haut sont le cuivre et Vénus, en bas le mercure et Mercure, les pointes de gauche en haut le fer et Mars, en bas l’étain et Jupiter.

Le symbolisme du triangle est constant : le triangle pointe en haut signifie le feu et le sexe masculin, la pointe en bas l’eau et le sexe féminin. Le sceau de Salomon qui représente la combinaison de ces deux triangles « opposés, complémentaires et indissociables » signifient la sagesse humaine et résume tout l’enseignement ésotérique concernant les rapports entre la divinité et la création.
Cette étoile à 6 branches représente le symbole de l’union du macrocosme et du microcosme liés par la formule d’Hermès le Trismégiste (trois fois sage … encore trois !) « Tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas etc… » et que l’on pourrait rapprocher de la Genèse biblique qui dis que « Dieu à fait l’homme à son image ».

11) La Sainte Trinité Chrétienne : historique d’une longue élaboration théologique :

La Trinité, telle qu’elle a été élaborée durant 4 siècles après J.C. peut se définir comme étant un seul Dieu existant en trois personnes divines, appelées : « le Père », « le Fils » et « le Saint-Esprit ». C’est l’idée première de la «tri unité», une trinité dans l’unité.
La Trinité chrétienne « Sainte Trinité » ne se trouve mentionnée dans aucun texte de la Bible. Dans l’Ancien Testament Dieu apparaît toutefois avec une certaine pluralité (Elohim et autres nuances linguistiques qui mettent l’accent sur le pouvoir que Dieu avait d’apparaître sous forme trinitaire) une seule fois sous la forme de trois hommes lors de l’apparition sous le chêne de Mambré ou Yahvé révéla à Abraham que sa femme enfanterait malgré son âge.
Dans le Nouveau Testament le mot de trinité ne s’y trouve pas non plus mais chaque élément de la trinité se décline individuellement selon des relations particulières : le Père et le fils, l’esprit Saint qui descendit sur Marie puis plus tard sous la forme d’une colombe lors du baptême de Jésus sur le Jourdain pour le révéler.
L’évangile de Jean, le plus tardif, présente la trinité sous sa forme la plus élaborée : le père n’est pas le Fils qui n’est pas le Saint Esprit, mais tous trois procèdent de la même essence. Chacun porte le nom de « Dieu » :
Les premiers siècles du christianisme ont vu d’âpres disputes montrant bien que cette notion de trinité chrétienne était très difficile à concevoir et qu’elle ne s’imposait peut-être pas aussi naturellement que cela.
Au Concile de Nicée sous Constantin (325) les thèses arianistes (Arius, affirmait que Jésus, le Fils était une simple créature puisqu’elle avait eu un commencement dans le temps) furent condamnées pour affirmer la consubstantialité du Fils.


Lorsque les fils de Constantin se partagèrent l’Empire, la situation provoquée par l’arianisme s’aggrava, et ce, malgré les décisions prises au concile de Nicée. C’est ainsi que les divisions entre ariens et Nicéens s’accentuèrent : le fils de Constantin qui hérita de l’Occident était nicéen (même substance), alors que celui qui régnait sur l’Orient, était arien (simple créature).


Nous passerons sur toutes les nombreuses autres rivalités intercommunautaires et théologiques qui poussèrent à convoquer le Concile de Constantinople en 381 qui proclama à nouveau que le Père et le Fils étaient de même nature. De plus, il jugea nécessaire de confirmer et de compléter le credo, en y affirmant également la divinité du Saint-Esprit (le Saint-Esprit  » procède du Père…qui, avec le Père et le Fils, est conjointement adoré et glorifié « ). Ainsi était clarifié ‘le mystère de Dieu’, qui, portait désormais le nom de : Trinité.
C’est à partir du Concile d’Ephèse en 431 que les premières Eglises orthodoxes se séparèrent d’un tronc commun d’une cinquantaine d’Eglises ou de Patriarcat divers de l’époque.
Le Concile de Tolède en 675 déclara que « le Père n’est ni engendré ni créé mais qu’il est inengendré et que de Lui le fils reçoit la naissance et la Saint Esprit sa procession », toutefois précisant que le Fils est né de substance du Père sans avoir eu de commencement car le père n’a jamais existé sans le Fils ni le fils sans le Père. De son côté, le Saint Esprit est aussi Dieu et est égal au Père et au Fils car il est l’Esprit de tous les deux.
Au deuxième Concile de Nicée en 787 : « l’Esprit procède du Père seul « par le Fils ». Le Concile de Francfort en 794 dans ses divergences annoncera le schisme définitif de 1054 entre les églises d’Orient et d’Occident. Les différences théologiques portent sur la hiérarchie du Crédo Trinitaire, sur la notion de grâce, du rituel du baptême, etc…
Aujourd’hui, tous les chrétiens baptisent au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit mais chez les protestants cette notion est librement interprétable d’autant qu’elle ne figure pas dans les écritures. Les Protestants ont la conviction que la croix et la résurrection de Jésus Christ sont l’événement central de l’histoire du Salut, ils mettent ainsi les notions de grâce et de foi au cœur de leur démarche.

Tous les théologiens reconnaissent que la Sainte Trinité est un grand mystère échappant à la possibilité d’une explication complète.

Jean-Philippe Verles

Vous aimerez aussi...