Darwin : bicentenaire de sa naissance

Charles DARWIN
(Extraits du supplément de Philosophie magazine N°26)
12 février 1809 – 19 avril 1882
(Inhumé à l’Abbaye de Westminster)
http://www.darwinisme.org

Après des études de médecine puis de théologie, il affirme sa vocation de naturaliste au cours d’un voyage autour du monde sur le « Beagle » de 1831 à 1836. Il élabore patiemment sa théorie de l’évolution par le biais de la sélection naturelle qu’il expose en 1859 dans « l’Origine des espèces » et qui sera prolongée en 1871 par « La Filiation de l’homme ».

Dans ce dernier ouvrage, il s’agit pour Darwin d’appliquer  le principe de l’évolution à l’homme dans son corps comme dans son esprit, tout en rendant compte de la spécificité et de la supériorité incontestable de l’humanité en l’enracinant dans la chaine de l’évolution végétale et animale sans l’y dissoudre.

Ses « capacités intellectuelles » et sa « disposition morale » déjà anticipée dans le règne animal (langage, intelligence, sentiments moraux, etc…) obligent Darwin à affirmer que la différence entre l’homme et l’animal n’est que de degré et non de nature.

Au cœur du processus évolutif il y a le principe de la sélection naturelle qui, au niveau humain, modifie considérablement la forme sous laquelle il opérait précédemment. Chez l’homme, cette sélection va favoriser le développement des caractéristiques intellectuelles et sélectionner les instincts et les sentiments utiles à l’évolution.

Darwin propose une genèse naturelle de la morale dont le champ d’extension s’élargit progressivement au rythme de l’évolution culturelle en s’appliquant à des formes de communauté de plus en plus larges. Ainsi, le « sens moral » est sélectionné pour son avantage adaptatif qui a permis à l’espèce humaine de triompher des autres espèces.

La base du développement des qualités morales se trouve dans les instincts sociaux hautement complexes et dont les éléments les plus importants sont l’amour et l’émotion distincte de la sympathie.

Ces instincts ne sont pas universels, mais s’étendent seulement à ceux de la même communauté car il leur faut une altérité à laquelle l’individu puisse s’identifier.

Un être moral est quelqu’un qui est capable de réfléchir sur ses actions passées et sur leurs motifs, d’en approuver certains ou d’en désapprouver d’autres. L’homme ne pourra plus s’empêcher de regarder à la fois en arrière et en avant et il pourra alors désormais prendre la décision d’agir différemment à l’avenir.

Sachant que tous les hommes désirent leur propre bonheur, qui est une partie essentielle du bien général, le principe du « plus grand bonheur » sert indirectement de critère majeur aux notions émergeantes de bien et de mal.

A mesure que les capacités intellectuelles progressent, on perçoit les effets de certaines lignes vertueuses de conduite à la fois sur l’individu et sur le bien commun tandis que sont blâmées celles qui s’y opposent.

On estime généralement et à juste titre que les facultés morales ont une valeur plus élevée que les facultés intellectuelles, mais n’oublions pas que l’homme a atteint son niveau actuel à cause du progrès de ses capacités de raisonnement et au fait que les sympathies ont été plus largement diffusées par l’habitude, l’exemple, l’instruction et la réflexion.

La conviction quasi universelle de l’existence d’une divinité qui voit tout a eu une puissante influence sur l’avancement de la moralité. La croyance en Dieu a souvent été avancée comme la plus grande et plus complète de toutes les distinctions entre l’homme et les animaux inférieurs. Il est cependant impossible de soutenir que cette croyance soit innée ou instinctive chez l’homme ; elle procède apparemment d’un progrès considérable de la raison de l’homme, et d’un progrès encore plus grand de ses facultés d’imagination, de curiosité et d’étonnement

L’idée d’un Créateur universel et bienfaisant ne semble pas apparaître dans l’esprit de l’homme avant qu’il n’ait subit l’élévation due à une culture prolongée.
Ainsi, selon Darwin, l’homme a sans nul doute progressé jusqu’à sa plus haute condition actuelle grâce à une lutte pour l’existence qui a fourni la base du développement du sens moral.
L’homme, élevé jusqu’au sommet même de l’échelle organique, et le fait qu’il se soit ainsi élevé, peut se donner l’espoir d’une destinée encore plus haute dans un avenir éloigné tout en portant dans sa construction corporelle l’empreinte indélébile de sa basse origine.

Vous aimerez aussi...