Octobre 2009 : Les minorités chrétiennes au Moyen-Orient – Odette JULLIEN – Exposé

CARNET DE VOYAGES AU MOYEN_ORIENT (Partie 1 Exposé) – 23 OCTOBRE 2009
(Odette Jullien – Cercle Averroès)
Voir la Partie 2 – Diaporama

Quatre voyages à thèmes sont à l »origine de l »intérêt porté à ce sujet :

-    En 2006, lors d »un périple  de 4500 kms à travers 6 pays de l »ex Yougoslavie et de l »Albanie, nous avions déjà  retenu  des images  révélatrices  de  ce  que  la haine entre communautés peut engendrer.

-    En 2007,  grâce  à   Antoine Sfeir,    journaliste  et directeur des    « cahiers de l »Orient »,   nous avions découvert, en 13  jours  passés  en  Iran, une République Islamique chïite et un peuple quelque peu différents de ce que les médias diffusent en Occident.

-    En 2008, 12 jours  entre  Andalousie  et  Maroc, nourris de  visites  et conférences, nous permettaient d »approfondir un des courants de l »Islam sunnite.

-    Enfin, au printemps 2009, Antoine Sfeir, nous menait jusqu »en  Syrie « à  la  rencontre  des  chrétiens d »Orient ». C »est d » »ailleurs  un  de  ses  ouvrages paru chez Bayard en Avril dernier  – «  Chrétiens d »Orient,  et s »ils  disparaissaient »  – qui  m »a  permis de  nourrir cet exposé et comme lui, d »échapper « peu à peu à la noyade dans le  marécage des appellations anciennes  et  modernes  »  des différentes  Eglises et de leur chef spirituel respectif.

En  introduction  à cet exposé,   Jean-Philippe Verles  a  évoqué  l »origine  des  différents schismes qui ont jalonné l »histoire du christianisme, mais  il apparait que «  la christologie a été parfois un  prétexte,  car derrière chaque  nom,  c »est le contrôle de  divers  groupes  de  pression,  politiques, religieux, nationaux, qui est en jeu. »

Contre  toute  attente, c »est  d »abord en Corse, plus  précisément  à  Cargèse, que nous nous rendrons aujourd » »hui.  Là, 2 églises se  font  face et les  guides touristiques nous  les  présentent  comme étant l »une catholique et l »autre orthodoxe.

Vous  découvrez sur le  diaporama  celle de gauche,   construite  en 1817, par  les  familles « non grecques  »  de  Cargèse. Elle relève  de l »Eglise latine, de  son  vrai nom « de Constantinople », ville où elle fut établie au moment de la 4ième Croisade ( 1204 ) par l »église catholique romaine. C »est la seule Eglise d »Orient de rite latin.

L »église  de  droite, relève de  l »Eglise  grec-orthodoxe. Construite de 1852 à 1872 par  les descendants  des 600 grecs  du  Péloponèse   fuyant l »ccupation Turque,  elle  a  conservé  le rite orthodoxe (voir l »iconostase qui en témoigne) mais, d »obédience catholique ! On parle de « rite grec-catholique ».  Ce qui a permis, pendant de longues années, au même prêtre d »officier dans les 2 églises….

Cette  première  découverte  en Corse, nous  ramène  toutefois en  Orient. En effet, une scission plus politique  que théologique, dès 1268,  pour se démarquer  des Melkites d »origine, conduit le Patriarcat grec-orthodoxe à quitter l »actuelle Turquie où se trouvait Antioche, pour  s »installer  en Syrie à Damas, son chef conservant toutefois le titre de « Patriache grec-orthodoxe d »Antioche et de tout l »Orient ». L »actuel se nomme Ignace IV Hazim . Les fidèles de Cargèse dépendent de lui… et  nous le rencontrerons à Damas.

Parallèlement, une Eglise grec-catholique (Melkite) unie officiellement à Rome en 1724, verra le Vatican reconnaître à leur chef spirituel le titre de « Patriarche d »Antioche et tout l »Orient, d »Alexandrie, de Jérusalem » pour les Melkites, bien sûr. Il siège également à Damas.

Le  titre de « Patriarche d »Antioche » étant porté par 5 églises différentes, il n »est pas aisé,  pour les touristes de passage, de s »y reconnaître. Le  travail préparatoire à cet exposé nous y aidera.

L »Eglise grec-orthodoxe, regroupe 1.200.000 fidèles dont, en plus de la Syrie, une importante diaspora au Liban, en Irak, aux USA, au Canada, en Australie.

De l »Eglise grec-catholique  dépendent 2.000.000 de fidèles dont 1.300.000 en  Amérique principalement au Brésil (1.000.000).

Nous  pouvons maintenant  revenir  en SYRIE où  la  population  chrétienne  est actuellement estimée à 1.000.000 de personnes, soit 6 % de la population totale. Elles est répartie en 11 minorités chrétiennes différentes, selon A. Sfeir, la  plus importante étant celle de l »église grec-orthodoxe ( environ 400.000).

C » »est justement son Patriarche,  Monseigneur HAZIM, que nous rencontrons dans son patriarcat de Damas. Ecoutons le :
« Nous  sommes  tous  des  chrétiens,  rattachés  ou  non  à  Rome.  Nous sommes  tous  des  orientaux,  plus  arabes  que  les  musulmans  et  nous sommes tous, avant tout, citoyens arabes syriens. »

Nos esprits  occidentaux tressaillent : comment peut-il dire « plus arabes  que les musulmans »  nous qui assimilons fréquemment ces 2 termes l »un  à l »autre ?

Un  bref  rappel  historique est nécessaire :  le mouvement des tribus nomades, venant  du sud  de l »Arabie, donc des tribus arabes, a débuté dés  le 4ième Siècle AVANT J.C. pour s »installer  en Syrie,  pays beaucoup plus accueillant que leur désert.   Et ces Arabes,  ancêtre  de 88% des  Syriens actuels  (8% sont Kurdes et 2,8 % Arméniens) n »ont  été islamisés qu »au 7ième siècle APRES J.C donc, les Syriens sont plus arabes que les musulmans !

Pour  comprendre  les  termes       « citoyens arabes syriens »   il  suffit  de  se rappeler que le nom officiel de la  Syrie est  » REPUBLIQUE ARABE SYRIENNE « .

Monseigneur HAZIM poursuit :
« Nous avons des biens propres : églises, monastères, écoles. Dans nos établissements, les programmes  sont  ceux du gouvernement. Que l »on soit chrétien  ou musulman,  il faut  suivre un enseignement religieux. Il est dispensé dans chaque école, dans la religion à laquelle  on appartient.

Il faut savoir, pour comprendre cela, qu »en Syrie, il ne peut y avoir ni laïc, ni athée. Chaque citoyen doit appartenir à une communauté religieuse mentionnée sur son acte de naissance, mais pas sur sa carte d »identité  »
Il ajoute : «  En Syrie,  il y a une double  cohabitation  entre  les  nationalités (arabes, kurdes, arméniennes, turkmènes, palestiniennes )  mais aussi entre les religions ( chrétiens, musulmans, juifs, ceux-ci étant en nette régression  depuis  le conflit israélo-palestinien). Mais nous parlons tous l »arabe et nous écrivons en arabe. »

Il conclut : «  Rien n »est fait contre nous en tant que chrétien  » bien sûr s »ils ne se mêlent pas de politique……

Les observateurs comme A. Sfeir, confirment que tous les évènements qui ont secoué  le  monde (guerre d »Irak,  le retrait de l »armée syrienne du Liban,  l »affaire des caricatures) n »ont  semble-t-il  pas  entamé  la volonté des autorités syriennes  de montrer un visage plurireligieux.

On profitera de cette rencontre exceptionnelle pour visiter  l »Eglise  Ste Marie qui jouxte le siège du Patriarcat grec-orthodoxe à Damas (cf diaporama).

Quelques jours plus tard,  nous  rencontrons à  Alep  l »Archevèque de l »Eglise grec-catholique, Monseigneur Jeanbart. Dans un congrès œcuménique tenu à Paris en 2007, celui-ci avait déclaré souhaiter  « un sursaut d »énergie pour endiguer la vague islamiste ». En effet, ALEP, haut lieu du Christianisme historique, a vu sa population chrétienne décliner, passant de 50 % à 6 % de la population de la ville.

Que  nous dit-il en 2009 ? « pour  s »attaquer  au vrai  terreau  de l »islam : la misère , la  pauvreté, le  chômage,  l »analphabétisation, il  faut des  dispensaires, des  hôpitaux, des centres de formation professionnelle. »
« Le christianisme est né ici, après la mort du Christ. Il  y a donc  prés de 2000 ans. Et pourtant c »est un miracle qu »il perdure après tant d »invasions, de persécutions, de dominations hostiles.  C »est un travail de présence, de  confiance  et de charité  qu »il convient d »accomplir.   Mais la guerre d »Irak  a renforcé le fondamentalisme, ici  comme ailleurs. Le dialogue est devenu  plus délicat. La création d »Israël avait déjà été source de difficultés….Mais heureusement, beaucoup  de chrétiens soutiennent la cause palestinienne : un prélat était sur le bateau qui portait des médicaments à Gaza. De grands hommes politiques chrétiens ont œuvré pour l »accès des nations arabes à l »indépendance. Mais il faut bien constater que les chefs politiques israëliens viennent de tenir des propos, favorisant le départ des arabes chrétiens d »Israël. C »est le cas de ceux qui résident à Jérusalem, à Nazareth. C »est ce qu »on appelle «  l »épuration douce ».

« Par ailleurs,   si  les  jeunes éduqués, diplômés  ne  trouvent  pas de travail en Syrie, attirés par  l »Europe, l »Amérique, ils  partiront…. Notre  Eglise a obtenu l »autorisation d »ouvrir un lycée à Alep.  Mais ça ne suffit pas. Rien qu » »à Alep ,  il y a 15 000 étudiants  en  Université,  plus  une cité universitaire. Et en Syrie, ils sont 450 000 !  Chaque année, 50 000  jeunes arrivent  sur le marché du travail et l »Etat recrute moins qu »avant. D » »où la nécessité de créer des  formations  professionnelles complémentaires dans des secteurs économiques porteurs : tourisme, commerce, personnel  médical ».

« Nous venons de conclure un master  avec Lille. Nous  avons  également un projet  ( déjà 20 réalisations)  de constructions  de petites unités d »habitation  pour  des  jeunes ménages et d »un centre d »accueil  interculturel  que  nous souhaitons  ouvrir à  des  groupes  de passage  (« sains »)  curieux  de notre culture.   Accueil  type 2 étoiles. «    Faites le savoir »….Celà  peut contribuer à notre équilibre  financier. « Ici, l »Eglise  se  doit d » »assurer des services que dans vos pays elle n »a pas de besoin de faire. »

Ce  discours confirme ce que  disait  à Paris  en 2007  l »évêque de l »Eglise latine  du  Caire :  «  le petit reste de Chrétiens d »Orient entend mettre la main à la pâte, concaincu que le vrai défi en terre d »Islam, c »est de montrer que la loi de la charité est  plus forte que  la  loi de la haine ».   Et en Egypte, il sait de quoi il parle…..

On voit bien que la situation économique des pays  du Moyen -Orient  est au cœur des préoccupations des Chrétiens même de Syrie, où pourtant, leur vie n »est pas en danger.

Qui  gouverne la Syrie,  ce pays de  88 %  de musulmans sunnites ?   Depuis 2000,  un « non musulman sunnite »  contrairement  à la Constitution :  C »est Bachar el Assad , fils de Hafez el Assad qui prit le pouvoir en 1970. Il est marié à Asma al Akhras, syrienne musulmane sunnite (cf diaporama ).

Bachar el Assad  appartient  à une minorité, les Alaouites   (10 % de la population)   bafouée  pendant près de 3 siècles, méprisée et pauvre, qui, avec l »appui de l » »armée, s »est  hissée au sommet de l »état, il y a près de 40 ans.   c »est  un  régime autoritaire,   qui a  dû réprimer  en  1982,    une  révolte  des Frères Musulmans   et qui  gère  le  pays avec  le  clan  alaouite minoritaire.   Faut-il  voir  là une  des raisons de la « quiétude » dont bénéficie l »autre minorité, les chrétiens ?

Pour  compléter  ce  panorama syrien, observons  sur  un  plan de  Damas la densité et la proximité des différentes églises, monastères,  institutions chrétiennes dans  le quartier est de  la ville. Il ne  se trouve qu »à 300 m de la Grande Mosquée de Omeyades, haut lieu de pèlerinage  de l »Islam,  que nous pouvons visiter (cf diaporama ) :  vaste cour sacrée,  fontaine aux ablutions et richement décoré, un édicule monté sur piliers qui renfermait le trésor du Calife.

Dans  la  vaste  salle  de  prière,  on remarque  sur  la gauche  un  édifice  à colonnes :  à notre  grand étonnement,  il s »agit du  tombeau de  St Jean Baptiste (sa tête y serait conservée).   Reconnu comme prophète de l »Islam, il est objet de culte des Chrétiens  comme des Musulmans,  chacun étant  libre de venir s »y recueillir . Tout autant  surprenant , de  nombreux pélerins chïites, iraniens, iraniennes pour la plupart, viennent ici  honorer leur martyr , Hossein, fils d »Ali, pourtant assassiné tout  comme son père, sur ordre des Califes qui ont refusé de le reconnaitre  comme successeur de  Mahomet.    Ce qui est à l »origine de la division de l »Islam en sunnisme et chiisme.

Nous nous sommes rendus ensuite, au Monastère de Mar Moussa,  à  350 km au nord de Damas( cf  diaporama) où l »on distingue les 320 marches à gravir pour se retrouver au pied de l »imposante bâtisse.

C » »est  le Père Paolo,  jésuite italien,  ouvert  au dialogue  avec l »islam, qui, en 1992,  décide de reconstruire  et faire revivre un monastère, fondé  par  des ermites chrétiens, autour d »une petite église datant de 1058 ;  C »est  Sœur Diane, jeune moniale normande  qui nous  accueille.

Les mots de bienvenue sont écrits en arabe et en anglais. Elle nous fait visiter l »église minuscule, aux fresques polychromes, datant des XI ème et XII ème siècles restaurées par une équipe italo-syrienne.
Cette communauté se donne 3 priorités : la vie dans la prière et redécouvrir ainsi la vie spirituelle-le travail  manuel comme  mode de vie qui met la personne en relation avec la création et la société-l »hospitalité abrahamique pour favoriser la solidarité  entre  les  Eglises chrétiennes  et la  dimension œcuménique. La communauté s » »appelle  Al Khali qui signifie l » »ami , en  arabe,  c » »est  aussi le nom d »Abraham, l »ami de Dieu, dans la Bible.

En résumé,  il  semble régner  en SYRIE,  une certaine  ouverture  sur le plan religieux, mais une limitation toujours aussi sévère sur le  plan politique.  La diminution des  Chrétiens tient  plus  à des  difficultés d »ordre  économique qu »à des obstacles  pour  vivre  leur foi. Et  si les Arméniens  redoutent un bouleversement  à la tête du pays , c »est parce  qu »ils ne sont  ni arabes,  ni syriens et très peu nombreux.

Ceci nous amène à évoquer les Arméniens et  les deux  Eglises Arméniennes (outre une petite communauté arménienne protestante).

D »une part, citons l »Eglise apostolique arménienne, orthodoxe ancienne (appelé aussi Grégorienne arménienne, à cause de St Grégoire.

Elle s »est  maintenue dans l »Empire  Ottoman mais a subi le grand choc du génocide turc à partir de la fin  du XIX ième siècle.  Elle a  2 Patriarches  un en Arménie,  quand  celle-ci  est devenue une des Républiques  de l »URSS,  l »autre au Liban,  pour la diaspora. Elle est dirigée par le CATHOLICOS Suprême de tous les Arméniens et comptent 6.000.000  de fidèles, y compris la diaspora.

D » »autre  part, l » »Eglise Catholique Arménienne,   plus récente,  a  choisi  de s »unir à Rome en 1740.  Installée à l »origine en Syrie,  puis au Liban,  elle avait été étroitement liée aux Croisés  pour reconquérir  les Lieux  Saints.  Le chef de cette  église  porte le titre de Patriarche de Cilicie des Arméniens. Il réside dans le Mont Liban. Elle regroupe 370.000 fidèles.

Au cours de notre voyage en… IRAN, en 2007, nous avons déjà rencontré une assez forte communauté chrétienne d »Arméniens qui relèvent de  l »Eglise apostolique arménienne, donc de rite orthodoxe. C »est à Hispahan, dans un quartier appelé  Nouvelle Djoulfa dont les habitants sont les descendants de 3 à 6.000  familles, déplacées d »une ville arménienne appelée Djolfa, par le souverain perse de l »époque, Shah Abbas 1er, en guerre contre l »Empire Ottoman de 1604 à 1617.

Bénéficiant en tant que «  gens du livre » du statut mi protecteur mi ségrégationniste de Dhimmis, ils sont  libres, comme le confirme encore la Constitution iranienne du  3 Décembre 1979, « dans la limite de  la  loi,  d »accomplir  leurs  rites  religieux  et  d »agir, en  ce  qui  concerne leur  statut  personnel  et l »enseignement  religieux, selon leur liturgie ».   Ainsi,  alors  que  l »alcool  est prohibé en Iran,  ils  sont autorisés à produire du vin pour les besoins du culte et à  fêter  Noël et Pâques,  décrétés  jours fériés pour eux.  Toutefois, ils  doivent se conformer à la tradition islamique : port du  hijab (foulard destiné à cacher les cheveux ) pour les femmes, séparation des genres, par exemple.

La Nouvelle Djoulfa abrite encore aujourd »hui 13 églises arméniennes dont la plus connue est la cathédrale St Sauveur d »Hispahan ou cathédrale Vank. L »intérieur est entièrement décoré de peintures racontant la vie des saints, et en particulier le martyr de St Grégoire.

Les Arméniens disposent de 2 sièges au Parlement depuis 1984. Ce qui est de peu d »effet.

En 1970, l »Iran comptait  250.000 Arméniens. 50.000 environ quitteront l »Iran après  la révolution  islamique  de 1979  en direction  de  l »Europe, des  USA,  du  Canada. Cette émigration est synonyme d »opportunité économique :  accès  au monde  des  affaires,  au  domaine artistique, les arméniens étant réputés pour leur savoir faire dans l »artisanat d » »art.

En résumé,  on peut dire que les Arméniens en Iran sont tolérés,  mais  sous contrôle. Ils avaient connu un regain de vitalité sous le règne des Palhavi ( 19416 1979 ) en particulier du dernier Shah, mais vite estompé après la révolution.

Nous  allons maintenant   en Egypte où  l »Eglise copte  fut  fondée dés le 1er Siècle  à  Alexandrie par Marc l »Evangéliste. Ce sont les grecs qui  ont donné,  initialement ce  nom de Coptes à tous les  Egyptiens.  Mais ce sont les Musulmans  qui le réservent  de  nos  jours aux  seuls chrétiens d »Egypte.

Les  premiers  chrétiens,  tout  juste  convertis,  avaient  à cœur de  lutter « contre  les infidèles qui persistaient à  adorer Les Dieux de  la mythologie égyptienne   (dont nous a entretenu  le  Dr Patrick O Van Truc ) : destruction,  par  exemple, du  temple  du  Dieu Sarapis   (culte d »Osiris et d »Apis). C »est aussi de cette époque que date l »incendie de la bibliothèque d »Alexandrie !

Mais, à leur tour, dès le VIIième siècle, ils connaîtront la pression de l »islam, tout d »abord protégés par le statut de Dhimmis, puis objet de conversions forcées, etc…… Ils bénéficieront d » »un certain répit sous Mohamed Ali (1805- 1849 ), fondateur de l »Egypte moderne, reconnus alors  « citoyens égyptiens », statut confirmé dans la constitution de 1922.  Mais, dégradation de leur situation sous Nasser, chantre de l »arabisme. Sadate, qui prend le contre pied, ne pourra achever son œuvre.

Outre  une  Eglise copte d »Ethiopie, autocéphale  depuis 1959,  on distingue,  là aussi, 2 Eglises. La plus importante,  l »Eglise copte orthodoxe, forte de 6 à 8.000.000 de fidèles en Egypte, résiste  vaillamment. Ils  seraient  10.000.000  avec la  diaspora.  Leur  chef  porte  le titre  de Pape d »Alexandrie et Patriarche de St Marc et de toute l »Afrique.  Cette Eglise dispose  de 27  diocèses en Egypte,  2 au Soudan,  1 à Jérusalem  et quelques  autres  en Europe et  en Amérique. L »Eglise catholique copte est née en 1885  ( 150.000 fidèles ) le Patriarche  d »Alexandrie  des Coptes a autorité sur 7 diocèses en Egypte.

Si  en  1997,  l »ensemble  des  Coptes représentait  10 à 12 % de la  population, ils ne seraient  plus  que  8 à 10 % …. peut-être moins. Et  ceci,  malgré les efforts  de leur  courageux Patriarche orthodoxe ( Chenouda III )  et  les gestes fort du  gouvernement égyptien : le Noël copte ( 7 janvier ) est décrété   «  Fête Nationale » . Un  gouverneur copte nommé en janvier 2006 en Haute Egypte.

Malgré  le soutien  de  la diaspora copte,  le «  sentiment anti américain se renforçant depuis  une  dizaine  d »années  »   les  violences  se  multiplient  pour  combattre    « les complices de l »Amérique  ». Et  le retour  des  Frères Musulmans ne  contribue  pas à  améliorer la  situation  des chrétiens  en  Egypte.   Quelques signes  positifs : 6 Coptes  ( 2  élus et 4  désignés par  le  Président siègent  à l »Assemblée du  Peuple qui comprend … 454 membres.     Un discours  officiel  qui repose sur  la  promotion  d »une   «  société islamique aux valeurs citoyennes pour tous  ». Mais  plus discrétement, un plaidoyer pour le rétablissement de la Dhimmitude !

Un évêque copte, Monseigneur Gotla décrit :  « une Egypte où les extrêmistes gagnent du terrain  dans  la vie publique,  les écoles,  les universités,  les médias ( 60 % des programmes religieux à la télé). Et pourtant, il n » »y a pas 2 Egyptes , 2 peuples. Le fondamentalisme, le terrorisme ne font pas partie de la culture égyptienne. Ce sont des importations de l »extérieur. »

Nous  avons, à  plusieurs  reprises,   évoqué  le  LIBAN,    comme  terre  d » »accueil  de minorités  chrétiennes opprimées   ( Syriaques, grecs-orthodoxes, melkites etc …).  Il en fut de même pour les  moines  du Monastère de Saint Maron ( du nom d »un anachorete  nommé Maron ou Maroûn qui  vécut au  nord  de  la Syrie au  Vième siècle ) :    ayant  fondé  leur  propre église,   à l »écart  des discussions  théologiques  qui secouèrent le  christianisme,   ils rayonnèrent  jusqu »au  VII ième siècle mais  durent  quitter  le  pays pour  fuir  les  persécussions.  Ils  se  réfugièrent  dans le  Mont Liban  et restèrent fidèles au Pape. En 1469, celui-ci accorda à  leur chef spirituel  le titre de   « Patriarche Maronite d » »Antioche et de tout l »Orient ».

Le titulaire actuel, installé à Bkerké, prés de Beyrouth est le Cardinal Patriarche Monseigneur Boutros Nasrallah Sfeir. Cette Eglise est entièrement unie à Rome dont elle est la plus proche de toutes les Eglises « uniates ». Elle  compte  13  diocèses au Liban ( où  les  fidèles sont  les  plus  nombreux : 600.000 sur 2.600.000 ) 4 en  Syrie  (nous avons rencontré à  Alep un jeune prêtre maronite officiant dans sa  petite église récemment remise en état,  en présence de sa fillette ) 1 diocèse à Jérusalem, 1 à Haïfa, 1 au Caire et 8 autres dans le reste du monde.

Depuis 1990, le Liban connait une « paix » placée sous le signe d »une «  réconciliation nationale  » et Antoine Sfeir   rappelle dans son livre que   « la situation  des  chrétiens au Liban est privilégiée  par  rapport aux chrétiens  du  monde  arabe ». Ainsi, on  peut  citer  le Concile  qu »a pu organiser  le Patriarche  Sfeir  en 2009,   réunissant  plus de 300  représentants   de l »Eglise  Maronite, venus du monde entier. Dans son rapport final, il concluait «  sur une note d »espoir et d »optimisme ».

Reportons  nous  maintenant  à  l »arborescence  illustrant les  principaux schismes du christianisme.  une branche importante a donné naissance aux Nestoriens.

Disciple  d »un moine  nommé  Nestorius,  qui, au lendemain  du schisme de 431, fonde une Eglise tout d »abord en Mésopotamie. Ils développeront leur influence jusqu » »en Inde et, par les voies caravanières, iront jusqu » »en Chine.

Réfugiés en Inde sous la poussée islamique, ils rejoindrons l »Eglise Catholique sous le nom d »Eglise Chaldéenne unie à Rome, elle compte environ 750.000 fidèles.

Certaines  communautés  ( 10%  environ  des  Nestoriens )   se sont  regroupées sous  le nom d »Eglise Assyrienne ( non unie à Rome). Son siège est à Bagdad.

Les  Nestoriens,  très  puissants  au  Moyen-âge,  connurent  de  nombreuses  persécutions  et  un affaiblisssement  notable dès  le XIV ième siècle.    En IRAK,  l »Eglise Chaldéenne,  mère de toutes  les Eglises chrétiennes de ce pays, qui possédait des dizaines  d »établissements scolaires avant 1968, un séminaire, une faculté etc ….. connait de nos jours une hémorragie migratoire  sans précédent, devant l »insécurité ambiante.  A terme,  la disparition des chrétiens d »Orient d »Irak,  qu »ils  appartiennent à l »une ou l »autre de ces 2 églises est probable.

Il nous reste à découvrit   l »Eglise Syriaque dont  l »une  des  branches,  adepte de la doctrine de Jacob Baradée, constitue  l »Eglise Syriaque Orthodoxe dite « Jacobite »,   partisante du monophysisme. Le siège patriarcal des «  Jacobites »  (ou Syriaques orthodoxes) est à Damas.

Leur chef spirituel est appelé Patriarche d »Antioche et de tout l »Orient.  Il se nomme actuellement Ignace Zakka 1er Irvas ; La communauté regroupe plus de 5.500.000 fidèles, répartis entre Syrie, Irak, Jérusalem, Liban, Turquie, Egypte. Elle compte plusieurs Vicariats en Europe, en Amérique ( en Inde, il y aurait  3.500.000 fidèles  relevant de  l »Eglise  orthodoxe  syriaque ).  Un prêtre irakien, venant  de recevoir une bombe sur son église,  juste après  la messe  de  la Pentecôte  déclare : «  Nous sommes sur le point de nous écrouler ».
Il  déplore qu »un couvre feu de 3 jours, ait  maintenu  prisonniers  ses paroissiens  dans leur maison sans pouvoir célébrer la fête de l »Ascension le 20 Mai.

Un autre branche de l »Eglise Syriaque  regroupe  les  Jacobites  qui, à partir  du  7ième siècle ont décidé de rejoindre l »Eglise Romane tout en conservant leur langue, leur rite.

Appelée  Eglise Syriaque Catholique,  elle verra son premier évêque consacré à Alep en 1636.
Son chef suprême porte  le nom de Patriarche d »Antioche , la ville de  Dieu  et de  tout l »Orient, avec résidence à  Beyrouth.  Les Syriaques catholiques  sont  aujourd »hui environ  150.000 ( 42.000 en Irak, mais peut-être moins actuellement, 26.000 en Syrie et la moitié vivent dans la diaspora).

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Conclusion : qu »ai-je retenu de ces rencontres exceptionnelles, de ces lectures, de ces témoignages ?

Le sort  des  Chrétiens  est  variable  d »un pays à  l »autre , en Irak , en Egypte   c »est préoccupant :

En Irak, au cœur du chaos, ils sont quelques centaines de milliers à craindre pour leur survie et à avoir peur de l »avenir.
En Egypte, les témoignages révèlent qu »ils souffrent, meurent parfois, sont persécutés mais résistent. Les Coptes se veulent avant tout Egyptiens.

Le drame, selon Antoine Sfeir, c »est que ce qu »ils subissent « peut toucher n »importe quel pays du Moyen-Orient où les chrétiens, croyant avoir assuré leur sécurité par une allégence aux autorités du pays, peuvent  subir les  foudres de nouveaux pouvoirs  qui viendraient destabiliser  les précédents.

J »ajouterai une réflexion personnelle :

Il  apparait  qu »être  « chrétien »  au  Moyen-Orient  soit  perçu  comme   « Pro-Occidental », voire « Pro-Américain » ! Ce  qui est paradoxal, puisque le christianisme  est né au Moyen Orient !

Par  ailleurs,  l »émigration  des  jeunes,  vers   «  les paradis occidentaux »  a  affaibli progressivement  la vitalité chrétienne dans  cette région en  feu.  Et l »islam, qu »il soit sunnite ou chïite, surfe  sur  la  pauvreté  de certaines populations  et tout  comme  la religion chrétienne  apporte  aides financières, assistance sociale,  réconfort, ce qui est  toujours  bienvenu.  Mais  les  moyens financiers disponibles ne semblent pas être importants du côté chrétien.

Enfin , une question se  pose : Quel  avenir pour ces  Eglises d »Orient,  lorsque la majorité d »entre elles a plus de fidèles dans le reste du monde que sur sa terre d »élection ?

Odette JULLIEN

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