Janvier 2011 : Georges COMBE « Voyage en Alchimie »

Vendredi 28 Janvier 2011
“Voyage en Alchimie”
Georges COMBE

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(Disponible à la Librairie d’Hauteville-Lompnes)

1 – BRUXELLES

Bruxelles est la première étape de notre voyage. Une introduction au monde extraordinaire de l’alchimie. Après avoir précisé et illustré dans son laboratoire ce qu’était l’esprit de la démarche alchimique, Patrick Burensteinas, Alchimiste, nous emmène sur la Grand’Place de Bruxelles : « La plus belle place d’Europe » selon Victor Hugo. En effet, dans le foisonnement des motifs baroques qui ornent les façades, de nombreuses figures se rapportent à l’alchimie.

Elles reprennent les illustrations des traités d’alchimie des 16 et 17° siècles : l’Aurora Consurgens, le « Splendor Solis », le « Mutus Liber » ou encore le « Musée Hermétique »… La Grand’Place est une invitation à explorer les secrets de l’alchimie, comme si les alchimistes de l’époque avaient voulu transmettre leur savoir à ceux qui se donneraient la peine de l’étudier, car ces images gravées sur les façades semblent bien énigmatiques… Patrick Burensteinas les décrypte pour nous.

La Grand’Place nous montre les bases de l’alchimie: les trois Oeuvres, l’Oeuvre au Noir, l’Oeuvre au Blanc, l’Oeuvre au Rouge, les trois grands Principes, Sel, Soufre et Mercure, et le sens du travail que fait l’alchimiste sur la matière qui consiste à la purifier, à l’alléger, à l' »ouvrir », pour mieux la recomposer… Mais avant de se mettre au travail dans son laboratoire, l’alchimiste doit savoir regarder et comprendre la nature. Il doit développer sa sensibilité aux plus infimes mouvements du monde. Les arts lui seront des aides précieuses. La Grand’Place affirme cette présence des arts par de nombreux emblêmes : la musique, la peinture, la mythologie, l’art des mots et des jeux de mots…

Elle donne enfin quelques leçons de Sagesse. L’alchimiste ne se définit-il pas lui-même comme un « artiste » et un « philosophe »? Pour se former à cette perception du monde, un grand voyage initiatique est souvent utile au futur alchimiste : celui que nous allons entreprendre. La Grand’Place appelle à ce voyage. Elle est un des points de départ traditionnels du pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle, destination mythique pour les chrétiens, mais aussi pour les alchimistes. Elle met leur périple sous la protection de Saint-Michel, qui domine l’hôtel de ville de Bruxelles.

En terrassant le dragon, Saint-Michel représente en effet un aspect essentiel de la quête de l’alchimiste dont nous découvrirons toutes les implications à chaque étape de notre voyage. Avant de prendre avec nous la route de Saint-Jacques, Patrick Burensteinas évoque ce rôle du dragon, gardien des énergies de la terre et du « feu secret »

2 – CHARTRES

Ce célèbre monument peut être lu de multiples façons : religieuses, esthétiques, techniques, historiques… Pour leur part, les alchimistes ont découvert dans la cathédrale tout un parcours initiatique qui est pour eux une sorte de préparation au Grand Oeuvre. Cette déambulation est le reflet d’une démarche philosophique, mais suscite aussi des sensations physiques qui font que la cathédrale est ressentie comme un véritable instrument de musique. Elle pourrait nous amener jusqu’à percevoir les vibrations de la Terre et de l’Univers.

Patrick Burensteinas nous offre ses compétences de scientifique et d’alchimiste pour nous faire comprendre toutes les implications de cet itinéraire. Il nous fait entrer dans la cathédrale par la porte du nord, « le portail des alchimistes », et nous fait toucher la « pierre de décharge » qui nous met en accord avec le monument. Alors peuvent résonner en nous les deux Vierges Noires, les couleurs de vitraux, les formes architecturales et bien entendu les cercles du fameux labyrinthe qui est l’aboutissement de ce périple.

La cathédrale est perçue comme un navire hors du temps qui navigue entre la Terre et le Ciel, animée des diverses influences spirituelles qui la traversent. Elle réunit les cultures, les philosophies, les religions et les traditions les plus anciennes. Les alchimistes, dont la recherche échappe à tout système, trouvent à Chartres le lieu qui élève leur pensée et affine leur sensibilité, deux conditions nécessaires à la poursuite du Grand Oeuvre.

3 – LE MONT SAINT-MICHEL

Notre voyage alchimique nous conduit maintenant au Mont saint -Michel.

Que va-t-il nous faire découvrir?

Le lieu est célèbre. Tout le monde le connaît, au moins de nom. Mais, sous la conduite de l’alchimiste Patrick Burensteinas, nous allons le visiter d’une façon particulière, de façon à pouvoir comprendre la force et la logique de ce lieu extraordinaire.

Nous commençons par Notre-dame sous-Terre, ce qui épouse la chronologie du monument puisque cette chapelle aujourd’hui souterraine était la chapelle chrétienne primitive du Mont Saint-Michel. Pour un alchimiste, ce lieu fait percevoir ce qu’est le fameux « vitriol » des alchimistes. Cette formule, attribuée au moine Basile Valentin, nous invite « à visiter l’intérieur de la terre », et c’est ce que nous faisons dans cette chapelle…

Puis nous allons nous élever à l’intérieur du Mont, comme si nous cheminions de la Terre jusqu’au Ciel… Ce parcours dans les diverses salles de l’abbaye est une sorte de voyage initiatique. Chaque salle nous apporte une sonorité particulière, comme une vibration de la matière et de l’architecture de plus en plus subtile et de plus en plus lumineuse. Le film nous donne l’impression de passer à travers le Mont, comme si l’abbaye se dématérialisait peu à peu devant nos pas… L’organisation architecturale du Mont Saint-Michel reflète la démarche de l’alchimiste qui va libérer l’esprit enfermé dans la matière… Nous découvrirons d’ailleurs que les recherches des moines, dont ils ont laissé le témoignage dans leurs manuscrits, sont bien proches de celles des alchimistes….

Le Mont Saint-Michel nous invite à regarder le monde comme une sorte de théâtre. Il nous appelle à voir au-delà des apparences. Sa situation, sa structure même, son histoire et sa dimension onirique attirent les archétypes, les mythes et les légendes. Le Mont Saint-Michel est un lieu où la réalité devient conte, opéra, poésie et littérature… Le Mont Saint-Michel est une frontière. Si nous la traversons, nous entrons dans une autre « réalité ».

Aussi découvrirons-nous, au terme de notre périple, face à la baie et à ses innombrables oiseaux, la fameuse langue secrète des alchimistes, la « langue des oiseaux » dont Patrick Burensteinas nous délivrera quelques rudiments: une langue aérienne, évidemment , une langue poétique, où nous « passons à travers les mots », de la même manière que nous sommes passés à travers les pierres et les constructions du Mont Saint-Michel.

Cette étrange visite aura transformé notre perception du monde. Nous serons prêts, désormais, à goûter l’essence même de la Nature, cette Nature sur laquelle et avec laquelle travaille l’alchimiste. Ce sera à Rocamadour, notre quatrième étape.

4 – ROCAMADOUR

Maintenant, à Rocamadour, c’est le monde lui-même, c’est-à-dire la Nature, qui va s’offrir à nous. La situation très étrange de ce haut-lieu, qui s’appelait autrefois « le val Ténébreux », nous met d’abord en condition pour nous ouvrir les portes de la vallée de l’Alzou, que surplombe Rocamadour. Une vallée où la nature a gardé tous ses pouvoirs et tous ses droits. En nous enfonçant dans les profondeurs de la vallée en compagnie de Patrick Burensteinas, nous allons peu à peu ressentir la présence mystérieuse et subtile des « élémentaux », c’est-à-dire les « esprits » des éléments : les traditions les appellent  » gnômes » pour la terre, « sylphes » pour l’air, « ondines » pour l’eau et « salamandres » pour le feu. Ces entités apporteront une aide précieuse et indispensable à l’alchimiste. Elles lui permettront de s’unir à la nature pour travailler sa « matière première », une matière qui justement lui est donnée par la nature…

Ce dialogue de l’alchimiste avec les forces naturelles que nous découvrons à Rocamadour ne se fait pas avec le « mental » et le conscient. Il fait appel aux archétypes et à l’imaginaire universel. Toutes les mythologies ont mentionné ces « esprits » de la nature et l’alchimie s’inscrit dans cette pensée aussi ancienne que le monde. Pour avoir son efficacité, l’alchimie doit puiser dans les forces qui sont dans notre inconscient et dont la plupart des contes des fées de notre enfance se font l’écho…

A Rocamadour, nous sommes entrés dans un univers poétique et extraordinaire. Il va nous amener jusqu’à penser l’origine même du monde. La quête de l’alchimiste s’affirme désormais comme une quête métaphysique. C’est pourquoi, après avoir parcouru la vallée de l’Alzou, nous sommes prêts à entreprendre notre cinquième étape, Saint-Jacques de Compostelle, où nous trouverons enfin le secret de la « matière première » de l’alchimiste en Occident.

5 – SAINT JACQUES DE COMPOSTELLE

En approchant de Saint-Jacques de Compostelle, c’est la finalité même du Grand Oeuvre alchimique que nous allons ressentir. Sur le Chemin, nos pas semblent nous conduire inexorablement vers un autre monde, celui que nous ouvre l’alchimie. D’étape en étape, nous allons questionner la Mort (« l’âme-hors ») et le Temps. Symboles, mythes et lieux privilégiés se mêleront pour préciser ces interrogations avant que la Pierre Philosophale nous apporte une réponse. La route de Saint-Jacques de Compostelle est bien une route alchimique.

D’abord, au col de Roncevaux, nous rencontrons le souvenir de Roland, dont l’épée avait été emportée par Saint-Michel et plantée dans la falaise de Rocamadour. A Eunate, nous découvrons une chapelle octogonale qui, par sa forme, fait le lien entre le Ciel et la Terre. C’est un lieu habité par Mercure et Saint-Michel… L’église est attribuée aux Templiers et, comme tout lieu magique et sacré, elle est encore pourvue de sa triple enceinte énergétique. Plus loin sur le chemin, c’est à une véritable méditation sur la mort, les apparences, et le sens de l’Oeuvre au Noir que nous convient les murs de Castrojeriz. Enfin, à l’entrée de la Galice, le col du Cebreiro nous amène à comprendre que le chemin de Saint-Jacques de Compostelle ne nous fait pas seulement traverser l’espace; il est une Porte du Temps.

Le Chemin de Saint-Jacques de Compostelle est un véritable parcours initiatique. Antérieur au pèlerinage chrétien, il est aussi le reflet des mythologies gréco-latines et celtes. C’est ainsi que nous retrouvons Hercule, que nous avions entrevu à Bruxelles et que le Mont Saint-Michel évoquait puisqu’on le qualifiait parfois de « port d’Hercule ». Hercule est une des personnifications de l’alchimiste et ses Travaux sont souvent comparés à ceux qui conduisent à la Pierre Philosophale. C’est ainsi qu’en entrant dans la cathédrale de Saint-Jacques de Compostelle, nous avons la surprise de voir qu’Hercule est là pour nous accueillir. II soutient le trumeau du fameux « portail de gloire » de maître Mathieu. L’alchimie peut expliquer cette présence incongrue dans un édifice chrétien, mais la mythologie et les légendes viennent l’enrichir : Hercule avait cueilli les pommes d’or du fameux jardin des Hespérides, que certains situent sur une île à l’ouest de l’Espagne et fait le lien avec les légendes celtes et l’île d’Avallon, qui est aussi une' »‘île des pommes ». Elle apporte la connaissance des choses secrètes et sacrées, permet de vaincre le Temps, et de trouver l’Eternelle Jeunesse. Le Chemin de Saint-Jacques de Compostelle, qui épouse la trace d’éternité laissée dans le ciel par les étoiles de la Voie lactée, semble nous y conduire…

Nous éprouvons alors le sentiment que Saint-Jacques de Compostelle n’est pas le véritable terme du Chemin pour l’alchimiste. Il faut nous enfoncer plus avant dans la Galice, cette terre celtique qui a conservé de nombreux dolmens et les vestiges de villages celtes qu’on appelle des « castros ». Ce sont les lieux d’une véritable initiation, transmise depuis l’aube des temps dont Patrick Burensteinas nous montre le déroulement. Ils font revivre la naissance, et la mort, avec la participation des forces de la Nature. Ils amènent ainsi l’alchimiste à un état d’esprit qui lui permettra de fabriquer la Pierre Philosophale. Mais encore lui faut-il trouver la Matière Première de l’Oeuvre…

En approchant de « la Côte de la Mort », -car c’est ainsi qu’on appelle la côte de la Galice-, tout un jeu de légendes, de mythes et de traditions guide l’alchimiste vers une plage précise où il va enfin pouvoir recueillir cette Matière Première. Ce lieu est voisin du cap Fistera (la « fin de la terre ») qui marque aussi la véritable fin du voyage pour un certain nombre de pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle….

Certes, la Matière Première de l’Oeuvre peut se trouver ailleurs en Europe, dans des mines, mais le chemin de Compostelle offre à l’alchimiste la condition essentielle de sa réussite : sa transformation intérieure, une perception différente des choses, des êtres et du monde. C’est un peu comme si, au bout du Chemin, nous avions déjà rencontré les effets de la Pierre.

6 – PARIS

Cette sixième étape va nous offrir des renseignements très précis les modes opératoires des alchimistes. Elle est un véritable document de travail.

Nous revenons de la Galice par la mer, comme le fit Nicolas Flamel lui-même. Une mer qui évoque la matière première devenue liquide dans le creuset que les alchimistes appellent leur « vaisseau ».

Un peu avant Paris, ce sont les tours de la cathédrale de Chartres qui émergent à l’horizon. Chartres fut la deuxième étape de notre voyage mais nous nous y arrêtons à nouveau pour aller au portail sud du transept. Patrick Burensteinas nous y fait remarquer de nombreux messages alchimiques gravés dans la pierre. Ils nous permettent de mieux cerner ces notions de Soufre, de Mercure, et de Sel qui sont essentielles à l’alchimie. Ils nous font comprendre la nécessité « d’ouvrir » la matière, ils nous parlent du « feu secret » et du dragon des alchimistes, ils nous montrent une « noce chimique », c’est-à-dire l’union du masculin et du féminin, ou du Soufre et du Mercure qui donne naissance à la Pierre philosophale.

Nous vérifions l’acuité de ces messages dans le laboratoire, comme nous le ferons pendant toute la durée de cette étape.

Enfin nous arrivons à Paris. Nous y retrouvons Saint-Michel, comme à Bruxelles, au Mont-Saint-Michel ou à Rocamadour. Il est sur la célèbre place Saint-Michel, au coeur du « quartier latin ». Il se dresse au-dessus d’une fontaine où il terrasse le dragon, Lucifer. Cette fontaine nous rappelle, comme à Chartres, que la matière peut « s’ouvrir » : l’eau sort d’un gros rocher et nous convie à considérer l’énergie qui gît à l’intérieur de la matière. C’est là une des clefs de l’alchimie : cette énergie considérable et mystérieuse qui est dans la matière, les alchimistes, suivant l’exemple de Saint-Michel, la mettent en communion avec celle du Ciel dans leur laboratoire. N’auraient-ils pas pressenti et utilisé cette « énergie noire » qu’ont découvert les astrophysiciens d’aujourd’hui et qui compose 73% de l’univers?

Cette énergie serait évidemment capable de transmuter les métaux, et c’est sans doute le secret qu’aurait approché le plus célèbre de tous les alchimistes : Nicolas Flamel, un « écrivain public » qui vivait au Moyen Age dans le quartier de Saint-Jacques de la Boucherie, près des Halles, en plein centre de Paris.

Nous partons à sa recherche. Nous retrouvons la maison qu’il avait fait construire pour les pauvres du Quartier. Nous explorons le fameux livre qui lui a été attribué, « Le Livre des Figures Hiéroglyphiques ». Nous admirons les peintures tirées du « livre d’Abraham le Juif » qui mit Nicolas Flamel sur le chemin de la Pierre philosophale, et nous découvrons sa pierre tombale, au musée du Moyen Age à Paris. Mais surtout, nous reconstruisons par les moyens informatiques de l’image de synthèse, le grand cimetière des Innocents tel que Nicolas Flamel et les parisiens ont pu le visiter jusqu’en 1786, date de sa destruction.

Nous pouvons ainsi revoir, avec leurs couleurs et dans leur environnement, les sculptures énigmatiques que Nicolas Flamel avait fait placer sous l’une des arcades qui entouraient le cimetière. Représentation religieuse ou grimoire alchimique? Si le contenu chrétien de cette arcade ne fait aucun doute, le propos alchimique semble sous-jacent, et peut seul expliquer certains détails. L’énigme de Nicolas Flamel alchimiste demeure, mais elle nous démontre que les images et les thèmes religieux peuvent avoir un double sens : théologique et alchimique.

Une idée qu’il convient de vérifier. Nous nous rendons alors à l’église Saint-Etienne-du-Mont où des vitraux extraordinaires illustrent cette union troublante de l’univers religieux et du monde alchimique. De nombreuses références à l’art d’hermès sont imbriquées dans des scènes inspirées de la Bible: un creuset, dont le mot lui- même évoque la « croix », l’arche de Noé, où semblent se réaliser l’oeuvre au blanc et l’oeuvre au rouge sous la conduite de Noé, la femme de Lot changée en Sel, -le sel alchimique?-, etc… Patrick Burensteinas nous décrypte ces images.

Pour terminer cette sixième étape, l’église Saint-Gervais-Saint Protais, derrière la mairie de Paris. Elle va nous permettre de réviser nos connaissances alchimiques. Elle nous suggère aussi les rapports étroits qu’ont pu nouer les alchimistes avec certains corps de métier, comme ici les compagnons ébénistes dont la « maison  » est juste derrière l’église. Les miséricordes qui ornent les stalles du choeur présentent des motifs bien étranges, magnifiquement travaillés, et dont seule l’alchimie peut percer la signification. Patrick Burensteinas nous laisse ainsi deviner et retrouver sur les sculptures imagées de ces miséricordes l’union du Soufre et du Mercure, une noce chimique, la notion de teinture, le rôle du Sel, et une allégorie de la Pierre philosophale…

Ce qui semblait obscur et complexe nous est devenu familier, simple et lumineux. Nous sommes prêts à entreprendre le Grand Oeuvre. C’est ce que nous ferons dans notre septième et dernière étape de noter Voyage, devant le porche et la rosace occidentale de Notre-Dame de Paris, dont la portée alchimique fut dévoilée à de nombreuses reprises du XVII° siècle au XX° siècle.

7 – NOTRE DAME DE PARIS

Voici donc la fin du Voyage Alchimique, notre dernière et septième étape, Notre-Dame de Paris. Depuis des siècles, et bien avant les années 1920 avec Flucanelli, les alchimistes ont pensé que les petites sculptures qui entourent le porche central de la cathédrale racontaient le déroulement du Grand Oeuvre : Esprit Gobineau de Montluisant au XVII° siècle, François Cambriel au XIX°, Victor Hugo avec Claude Frollo, l’archidiacre alchimiste de son roman « Notre-Dame de Paris », Viollet-le-Duc qui sculpte un alchimiste sur une des tours de la cathédrale, ont soupçonné la dimension alchimique du monument. Mais il a fallu attendre le XX° siècle avec Fulcanelli et son livre célèbre « Le Mystère des cathédrales » pour voir enfin mis en lumière le message hermétique de Notre-Dame de Paris.

A son tour, Patrick Burensteinas nous livre dans ce dernier épisode sa lecture des médaillons du porche central. On dit que ces médaillons représentent le traditionnel « combat des vices et des vertus », mais Patrick Burensteinas nous montre que trop de détails dans ces figures n’ont aucun rapport direct avec cette lecture pour ne pas soupçonner ont une autre signification. Si on les rapproche des opérations du Grand Oeuvre alchimique, ils prennent en effet toute leur cohérence.

Les vitraux de la rosace occidentale, qui surplombe le porche, confirment d’ailleurs cette interprétation alchimique en reprenant, en couleurs, les motifs du portail. Viollet-le-Duc a bien entendu restauré cette rosace, mais ses connaissances hermétiques lui ont permis de le faire en respectant le message alchimique des médaillons.

Cette présentation de l’histoire alchimique de Notre-Dame de Paris, autorise donc notre lecture. Elle s’inscrit dans la tradition, et constitue le corps de ce septième épisode… Pour Patrick Burenteinas, la partie gauche du porche est un résumé de la démarche et des principes de l’alchimie : la décomposition et l’ouverture de la matière, la quête de la « lumière », la traversée des apparences… Tout cela nous l’avions découvert au cours des différentes étapes de notre voyage, mais de façon fragmentaire. Ici, c’est toute la philosophie de l’alchimie qui est exposée et qui peut être embrassée d’un seul coup d’oeil. La partie droite est concrète: si on parvient à déchiffrer les représentations des médaillons, alors s’éclairent les figures récurrentes qui jalonnent le chemin de la Pierre Philosophale : le « lion vert », la « matière première », les rôles du Soufre, du Mercure, du Sel, et du dragon…

A cette lecture du porche, viennent faire écho des figures indentiques sculptés sur d’autres cathédrales, comme Amiens et Chartres, et surtout les gravures enigmatiques de nombreux traités d’alchimie : l’Aurora Consurgens, le Mutus Liber, Les Douze clefs de Basile Valentin, le Livre d’Abraham le Juif, ou encore la Splendeur du Soleil… Cette similitude entre les médaillons des cathédrales et les traités nous montre qu’il y a une pensée alchimique construite qui a traversé les temps et les lieux. Ainsi les médaillons de Notre-Dame de Paris nous livrent peu à peu la clef de leurs étranges figures.

Des expériences au laboratoire illustrent et confirment le propos alchimique de ces sculptures. Les opérations mystérieuses qui conduisent à la Pierre des Philosophes nous semblent désormais plus claires, à travers les diverses « voies » de l’alchimie.

Quand nous arrivons vers la fin de la série des médaillons, nous pouvons apercevoir la Pierre Philosophale, tenue dans la main droite par un personnage, la « Persévérance », dit-on (et, certes, il faut être « persévérant » pour trouver la Pierre….).

De l’autre main, cette « Persévérance » nous présente une image de l’athanor. Quant à nous, nous pénétrons à nouveau dans le laboratoire : nous évoquons par une image de synthèse la fameuse Pierre des Philosophes; elle brille de son éclat rouge dans le régule à côté de l’étoile à cinq branches qui s’est dessinée dans le métal au cours de l’Oeuvre au blanc…

Mais à quoi peut bien servir cette Pierre si difficile à obtenir au point qu’elle a souvent été considérée comme une pure légende? Telle est la question, bien légitime, que nous pouvons alors nous poser. Ce n’est pas à faire de l’or, même si la transmutation des métaux semble possible grâce aux propriétés extraordinaires de cette Pierre. Quelques images nous présentent d’ailleurs des échantillons de métaux transmutés. La Pierre des Philosophes, par sa quête difficile et sa puissance fabuleuse, nous ouvre en fait la porte du plus grand des voyages : un voyage véritablement alchimique, -et fantastique-. Quand nous avons appelé cette série « Le Voyage Alchimique », nous ne pensions pas si bien dire : la Pierre « philosophale » nous emmène jusqu’à l’origine de l’Univers, jusqu’au moment où matière et lumière s’épanchent l’une dans l’autre, comme c’est le cas dans les « trous noirs » que découvrent les astronomes d’aujourd’hui.

Patrick Burensteinas, à la suite de l’alchimiste et philosophe du XVII° siècle Robert Fludd, nous fait véritablement « vivre » cette dimension à la fois scientifique et métaphysique de l’alchimie : astrophysique et quête spirituelle se rejoignent.

Nous sommes arrivés à la fin de notre périple. Tout notre Voyage Alchimique, tous les lieux et les monuments que nous avons visités pendant ces sept films se chargent d’une force nouvelle : « Vous croyez que le voyage est terminé, nous dit Patrick Burensteinas, non, pour vous, maintenant, il commence… »

En fait, il re-commence, car, arrivés à ce terme, sur le parvis de Notre-Dame de Paris et des étoiles, nous ne pouvons échapper au désir de revoir ces 7 épisodes à la lumière de ce que nous avons maintenant compris… « Lege, lege, relege, labora et invenies » (lis, lis, lis et relis, travaille et tu trouveras) nous disait déjà le Mutus Liber il y 400 ans…..

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