Jean-Philippe VERLES : Pierre Teilhard de Chardin – « Genèse de l’Humanité »

PIERRE TEILHARD DE CHARDIN
Genèse de l’Humanité

Jean-Philippe Verles – Cercle Averroès

PTdC est né en 1881 et mort en 1955, prêtre Jésuite et savant (géologue et paléontologue) il a développé sa recherche en vue de parvenir à une cohérence entre science et religion sans laisser empiéter l’une sur l’autre.

Il prône l’instauration d’une nouvelle conception de l’esprit, non plus en opposition, mais en transformation et en sublimation de la Matière, l’évolution se lisant ainsi comme une montée de l’Esprit dans la Matière. Dans cette vaste dynamique du Monde, il fait de l’homme la figure de proue, et il l’appelle la « flèche de l’évolution« .

Dans LE PHENOMENE HUMAIN, PTdC ne cherche pas à livrer « une » explication du Phénomène Humain, mais seulement une « introduction » à une explication du Phénomène Humain. Il tente d’établir entre l’Homme et le Monde un ordre cohérent.

Avant d’aborder la prévie, la vie et son évolution puis la pensée et enfin son point nécessaire de convergence : le fameux « point Oméga » il nous dresse sa vision de ce qu’il appelle l’Etoffe de l’Univers, ce résidu ultime des analyses toujours plus poussées de la Science.

Ainsi, il définit la « matière élémentaire » radicalement particulaire et qui se découvre selon lui sous trois faces : unité, énergie et pluralité. Ces trois faces constituant les trois vecteurs du développement de la Vie : l’unité pour la cohérence et la Sagesse, l’énergie pour la Force et la pluralité pour la richesse et la Beauté.

Entre matérialistes et spiritualistes, entre déterministes et finalistes, la querelle dure toujours même si depuis sa mort, il y a un demi siècle, une troisième voie s’ouvre doucement. La conviction de PTdC est que ces deux points de vues demandent à se rejoindre dans une Phénoménologie où la face interne des choses sera aussi bien considérée que la face externe du Monde. Cette approche duale (interne/externe) de la matière est à la base de sa réflexion.

La restriction du phénomène de conscience interne aux seules formes supérieures de la Vie a servi longtemps de prétexte à la science pour l’éliminer de ses constructions de l’Univers. Au fond de nous-mêmes et sans discussion possible, un intérieur apparaît comme par une déchirure au cœur des êtres vivants. C’en est assez pour qu’à un degré ou à un autre, cet intérieur ne s’impose comme existant « partout » et « depuis toujours » dans la nature. Dans une perspective cohérente du Monde, la Vie suppose ainsi inévitablement et à perte de vue avant elle, une Prévie.

Il y a quelques milliers de millions d’années par suite de quelque chance incroyable, un lambeau de matière formé d’atomes particulièrement stables se détachait de la surface du soleil et, sans couper ses liens qui le rattachaient au reste des choses, ce lambeau s’agglomérait, s’enroulait sur soi et emprisonnait dans son globe et son mouvement l’avenir de l’homme.

Dans ce lambeau de substance sidérale, le dedans et le dehors, indissociables, ne vont plus désormais cesser de s’organiser dans une complexification de plus en plus grande. Le monde minéral donnera naissance au monde végétal primaire puis degré par degré, la vie s’installera sur Terre et prendra les formes hiérarchisées que nous lui connaissons aujourd’hui et que PTdC synthétise dans son arbre de vie.

La vie se développe ainsi selon PTdC par l’accumulation continue de propriétés, la Vie fait « boule-de-neige ». Elle entasse caractères sur caractères, elle va se compliquant de plus en plus. Mais est-ce une explosion désordonnée ou alors une explosion opérante et définie ? Pour répondre à cette question PTdC retourne à son principe de fondement, à ce qu’il appelle l’essence du réel, à ce que l’univers contient « d’intériorité ».

Pour les organismes vivants, cette intériorité se traduit par le système nerveux et son centre de gestion qui est le cerveau de plus en plus développé lorsque l’on « monte » dans l’échelle du vivant. Prise dans sa totalité, l’histoire naturelle des vivants dessine graduellement un vaste système nerveux, qui correspond intérieurement à l’installation progressive d’un état psychique que nous pourrons appeler la conscience.

Pour les différentes sciences, l’homme reste encore à ce jour un mystère, un paradoxe … sauf toutefois si l’on prend en considération sa dimension intérieure. Et c’est cette dimension intérieure qui permet à l’homme de franchir un nouveau pas, celui de la réflexion, celui de la pensée : connaître et se connaître. Cette nouvelle saute majeure de l’humain qu’est la réflexion, le projette à nouveau sur une nouvelle phase de développement et le fait accéder ainsi sur le palier où nous nous trouvons nous-mêmes … à ce stade …

Sur chaque lignée anthropologique, c’est l’Humain qui se cherche et qui grandit. Qui grandit par tâtonnements et qui prend connaissance qu’il y a encore quelque chose de plus grand que lui. Ce quelque chose s’accumule et se transmet, construction de matière ou construction de beauté, systèmes de pensées ou systèmes d’actions et qui finit toujours par se traduire par une augmentation de conscience. La conscience n’étant rien moins à ce jour, que la substance et le sang de la Vie en évolution.

La psychogenèse qui nous avait conduit jusqu’à l’homme, s’efface désormais, relayée ou absorbée par une fonction plus haute, la « Noogenèse » quand, pour la première fois dans un vivant, l’instinct s’est aperçu au miroir de lui-même.

Tout le précieux, tout l’actif, tout le progressif contenus originellement dans le lambeau cosmique d’où notre monde est sorti, se trouvent maintenant concentrés dans la couronne d’une « Noosphère ». Cette Noosphère passe ainsi au fil des civilisations de mains en mains, et devient une conscience globale toujours plus organisée de l’Univers, et son éclat grandit.

L’homme n’est plus autre chose que l’Evolution devenue consciente d’elle-même nous dit Julian Huxley. Plus jamais nos esprits modernes ne trouveront de repos avant d’atteindre ce sommet de convergence de toutes les consciences humaines, le « Point Oméga », une conscience suprême en quelque sorte.

Il s’agit de capitaliser de façon dynamique « l’œuvre de toutes les œuvres humaines ».

Sans dépasser les limites des probabilités scientifiques, nous pouvons dire que la Vie dispose encore de longues périodes géologiques, l’humanité est si jeune qu’on peut la dire tout juste née.

Nous allons ainsi doucement vers une ère humaine de la science, vers une ère de la science humaine. L’Homme « connaissant » s’apercevant enfin que l’Homme « objet de connaissance » est la clef de toute Science de la Nature. Nous sommes entrés dans un domaine complètement nouveau d’évolution.

Le progrès devra se développer selon PTdC sous une forme collective et spirituelle afin de mener à bien l’organisation de la recherche scientifique, la concentration de celle-ci sur l’objet humain et la conjonction de la science et de la religion.

Nous n’avons encore aucune idée de la grandeur et de la puissance des effets « Noosphériques » ultimes, mais à terme, compte tenu de l’improbabilité de rencontre avec une autre humanité, notre Noosphère est vraisemblablement destinée à se clore sur elle-même. Il ne restera plus à l’humanité qu’à se réfléchir ponctuellement sur elle-même, c’est-à-dire à abandonner son support organo-planétaire pour s’excentrer sur le Centre transcendant de sa concentration grandissante, ce sera alors pour la Matière, la fin et pour l’Esprit de la terre, le couronnement … la phase ultime du Phénomène humain selon PTdC … la fin du Monde.

Jean-Philippe

Vous aimerez aussi...