Mars 2011 : Jean-louis SAUVAJON « Les Cathares et le Catharisme »

Vendredi 25 mars 2011

LES CATHARES ET LE CATHARISME
Jean-Louis SAUVAJON – Cercle Averroès

D’ABORD, QUELQUES DATES …

Environ 600avant J.C. : ZOROASTRE ou ZARATHOUSTRA

Environ 200 après J.C. : Culte MAZDEISTE

3ème Siècle après J.C. : Dualisme Manichéen

6ème Siècle après J.C. : Les Bogomiles

15 Janvier 1208 : Assassinat du Légat du Pape

Début de la Première Croisade

21 Juillet 1209 : Massacre de Béziers par les Croisés

15 Aout 1209 : Prise de Carcassonne par les Croisés

15 Mars 1211 : Prise de Termes par les Croisés

Septembre 1213 : Prise du Château de Muret par les Croisés

Juin 1215 : Chute de Toulouse

1215/1216/1217 : Redressement du Languedoc

25 Juin 1218 : mort de Simon de Montfort

Décembre 1225 : Excommunication du Comte de Toulouse

1226 : Début de la 2ème Croisade

1229 : Traité de Meaux / Abdication de Raymond VII

1230 : Début de l’Inquisition

1232 : Synode Cathare à Montségur

Début de la résistance clandestine

Mai 1242 : Assassinat d’Inquisiteurs à Avignonet

16 Mars 1244 : Prise de Montségur – Environ 210 Cathares brûlés vifs

Automne 1255 : Prise de Quéribus

Jusqu’à 1320 : Réduction des derniers foyers du Catharisme par l’inquisition

Cliquer sur les images pour les agrandir

ET PUIS QUELQUES PERSONNAGES…

ALMARIC (Arnaud) ou AMAURY
Abbé de Cîteaux
Désigné par Innocent III pour prêcher la croisade contre les Albigeois
Archevêque de Narbonne en 1212 – Mort en 1225

DOMINIQUE (Saint)
Fonda l’Ordre des Frères Prêcheurs en 1215
Décida de convertir les hérétiques par l’exemple et les paroles
Son Ordre fournit la plupart des cadres de l’inquisition
Né vers 1170 – Mort en 1221

GREGOIRE IX (pape)
Ce fut lui qui confia les offices de l’inquisition aux Dominicains en 1232
Né vers 1165 – Mort en 1241

HONORIUS III (Pape)
Institua l’Ordre des Dominicains pour lutter contre les Cathares

INNOCENT III (Pape de 1198 à 1216)
Prétexta l’assassinat de son Légat pour déchainer la croisade contre les Cathares

INNOCENT IV (Pape)
Intensifia l’action de l’inquisition pour achever l’éradication du Catharisme

LOUIS VIII
LOUIS IX (Saint Louis)

Montèrent les croisades contre les Cathares, surtout pour asservir le Languedoc, pour agrandir la couronne de France

MONTFORT (Simon de) 1160 – 1218
Se signala par son zèle et son courage contre les Cathares

MONTFORT (Amaury de) – Fils du précédent
Hérita du comté de Toulouse et céda ses droits au Roi de France

RAYMOND VI – 1156 – 1222
Comte de Toulouse, fut obligé de tolérer l’hérésie Cathare. Plus diplomate que guerrier. La révolte générale de ses sujets contre l’occupation “française“ et l’action de Raymond VII lui permirent de rentrer dans sa capitale

RAYMOND VII – fils du précédent / 1197 – 1249
Comte de Toulouse, libéra une grande partie des territoires attribués par l’église à Simon de Montfort
Se résigna à signer le Traité de Meaux en 1229 par lequel il cédait ses anciens Vicomté aux Roi de France, accordait sa fille, unique héritière, au frère de Saint Louis
A sa mort, son gendre devint comte de Toulouse, et après la mort de ce dernier, le comté fut annexé par la couronne de France

ET APRES, QUELQUES LIEUX …

LA DORDOGNE

SARLAT
Frontière Nord du “Parc Cathare“.
Après le passage bénéfique de Saint Bernard, et en souvenir du “Miracle des Pains“, fut érigé un étrange monument “la lanterne des Morts“.
A voir, l’église romane de Temniac et l’église de la Canéda, ancienne commanderie templière, qui montre une Croix Templière semblable aux stèles discoïdales “solaires“ du pays Cathare.

BEYNAC
Le château est surnommé “l’Arca Satana“ – l’Arche de Satan.

LE LOT & GARONNE

GAVAUDUN
Une grotte fortifiée, couronnée par un château, servit dès le 12ème siècle de refuge aux “hérétiques“, puis de place forte d’ou ils ravagèrent la région.

MARMANDE
Après la capitulation de la ville, l’armée des Croisés se précipita sur la ville.
Tous les hommes, femmes, enfants, furent passés au fil de l’épée.
“Les Morts, les Chairs, le sang, couvrent partout le sol.
Quel festin pour les chiens et les oiseaux de proie“ nous dit la chanson de la croisade.
La deuxième croisade, comme la première, s’ouvrit par un gigantesque massacre : 5 000 morts.

TONNEINS
Rayée de la carte.
La descente des croisés en terre occitane se solda par un véritable “Oradour su Glane“ ; la ville fut mise à sac et ses 500 habitants exécutés.

CASSENEUIL
Premier bûcher de la croisade

AGEN
Agen fut, avec Albi, Toulouse et Carcassonne, le siège d’un des quatre Evêchés Cathares (plus tard sera créé l’Evêché du Razès).

LE LOT

ROCAMADOUR
Haut lieu de la foi. D’après une tradition chrétienne, il aurait été une des caches du “GRAAL“ rapporté par Zachée, pseudonyme de AMADOUR.

LE TARN & GARONNE

MOISSAC
Les croisés assiégèrent la ville. Après reddition, ceux-ci tuèrent 300 soldats.
En 1234, les inquisiteurs firent brûler 210 Cathares.
En 1241, l’inquisition prononça encore 95 condamnations.

CASTELSARRASIN
Une des trois places fortes qui commanda l’accès de Toulouse.

LE TARN

CORDES-SUR-CIEL
La bastide Cathare. Chef-d’œuvre de l’Art Gothique “Ville aux Cent Ogives“.
Cordes rappelle qu’elle était une ville de tisserands, nom que l’on donnait aux cathares.

ALBI
Bien qu’elle ait donné son nom aux ALBIGEOIS, contre lesquels fut lancée la croisade (le terme “cathare“ est plus récent), Albi reste fidèle au Pape pendant tout le conflit.

LAVAUR
Le plus grand bûcher de la croisade (400 brûlés).
Ce fût un massacre “à froid“, savamment calculé, qu’ordonna Simon de Montfort.
Dame Giralda, désignée comme “horrible hérétique“ et “incestueuse“, fut livrée aux soudards, violée, puis jetée dans un puits et recouverte d’un tombereau de pierres.

PUYLAURENS
A partir de 1270, il fut une étape pour ceux qui voulaient fuir en Lombardie.

HAUTPOUL – MAZAMET
Musée Cathare.

LA HAUTE-GARONNE

AVIGNONET
A l’entrée du village “Le CROISE d’AVIGNONET“, austère statue de pierre, vous accueille, le regard sévère, comme s’il vous soupçonnait d’avoir participé au massacre des Inquisiteurs.
Face à lui, à l’entrée du cimetière, se dresse une stèle discoïdale “Cathare“.

SAINT FELIX DE LAURAGAIS
1167 : tenue du premier Concile Cathare, auquel participent :
Des Albigeois français
Des patarins lombards
Le “Pape“ Bogomile NICETAS

TOULOUSE
Capitale occitane.
Carrefour de civilisations où se côtoyaient Juifs, Chrétiens, Musulmans. Foyer d’une société féodale qu’animait le Paratge (honneur et tolérance). Une ville d’échanges et de culture où fleurissait l’art des troubadours.
Pendant la bataille, Simon de Montfort pria en ces termes :
“Jésus-Christ, accordez-moi aujourd’hui de mourir sur le terrain ou d’être vainqueur“
Il fut tué par une pierre tirée par un mangonneau. Selon la tradition, l’engin meurtrier était manié par des femmes.

L’ARIEGE

MONTREAL-de-SOS
Le château aurait abrité le Saint Graal fuyant Montségur vers l’Espagne.

USSAT-les-BAINS
Au pays des grottes Cathares.

MONTSEGUR
Montségur est, en fait, le seul château à mériter pleinement son qualitatif de “château Cathare“.
Sa construction fut décidée par l’église Cathare, au concile de MIREPOIX. Très vite, leurs adversaires allaient le surnommer :
“Le Vatican de l’Hérésie
La Tête de Dragon
La Synagogue de Satan“
Construit sur un Pog (pic) imprenable.

Pressés par le froid et la faim, les assiégés désespérant de tous secours, négocièrent leur réédition.
L’endroit supposé du martyr collectif (205 à 225 Parfaits), prit le nom de “Prat del Cramats“ (champ des brûlés).

Pendant ce temps, quatre Parfaits furent cachés dans une grotte avant d’être descendus dans le ravin, le long de la falaise.

Des quatre évadés, trois sont connus.

Que n’a-t-on pas écrit sur le quatrième, l’inconnu, comme si en ces circonstances, l’histoire avait voulu laisser une porte ouverte au mystère.

C’est ici que commence la légende …

Château du Graal, Trésor des Cathares, Temple Solaire, à Montségur se rencontrent les mystères de la mythologie cathare et de la symbolique occidentale ;

Celui que nous voyons n’est en rien le château ″Cathare″.

Celui-ci fut détruit pierre par pierre, jusqu’aux fondations pour que rien ne subsiste de cette forteresse.

L’AUDE

PUILAURENS
De nombreux diacres Cathares s’y réfugièrent après la chute de Montségur.
Se rendit à la même époque que Quéribus.

PEYREPERTUSE
La Carcassonne céleste.
La Pierre percée.
Le plus grand des châteaux en pays cathare.

QUERIBUS
L’ultime rempart.
Après 47 ans de lutte armée et de persécutions, le Catharisme, avec Quéribus, venait de perdre son ultime défenseur (1255).

VILLEROUGE-THERMENES
Martyr et prophétie de Guillaume de Bélibaste, dernier Parfait.
Sur le bûcher, on lui prête cette prophétie :
“Au bout de sept cent ans, le laurier reverdira“.
C’était en 1321, il y a … près de sept siècles !!

RENNES-le-CHATEAU
L’énigme sacrée.
Qu’y-a-t-il de commun entre le Catharisme et Rennes-le Château, l’antique Rhedea, capitale du Razès et du dernier Royaume Wisigoth ?
Rien, sinon le mystère !!

CARCASSONNE
Un des quatre Evêchés cathares primitifs.
La cité fut fortifiée à l’époque gallo-romaine, lors de la période cathare et, enfin par Saint Louis, puis restaurée par Viollet Le duc.
Le château comtal recèle des stèles discoïdales Cathares.

BRAM
Les horreurs de la guerre.
Simon de Montfort fit crever les yeux et couper le nez à une centaine de prisonniers, et les envoya sous les murailles du château de Cabaret, toujours insoumis.

L’HERAULT

MINERVE
Le premier bûcher de Simon de Montfort.

BEZIERS
Le 22 Juillet 1209, en une heure, la ville était prise et l’horreur commençait …
TOUS les habitants, Hommes, Femmes, Enfants, Catholiques ou Cathares, furent massacrés. (“Gran Mazel“ en Occitan, la Grande Boucherie), un véritable “nettoyage Ethnique″, préfiguration, répétition pour Guernica, Hiroshima, Nagasaki, Oradour-sur-Glane, Treblinka.
“Tués-les tous, Dieu reconnaitra les siens“, se serait écrié Arnaud-Amaury, Abbé de Cîteaux.

ET ENFIN, QUELQUES HISTOIRES …

Aux 12ème et 13ème siècles, une religion nouvelle, le Catharisme s’implante dans tous le sud de la France. Ce christianisme “différent“ est perçu comme une menace insupportable pour le Pape Innocent III.

Il fut aussi, mais il fut plus que cela, un mouvement chrétien parmi tant d’autres, aux aspirations spirituelles ardentes, qui bouleversèrent sans trêve la dogmatique dominante de l’Eglise romaine et ce, jusqu’à la réforme protestante. Cette hérésie fut anéantie par une répression méthodique et féroce que les hérésies du premier siècle du Christianisme n’avaient pas subie.

Une guerre “Sainte“, d’une violence rarement égalée, alliant principalement Barons français et Papauté, est lancée de 1209 à 1229, contre les pays de Langue d’Oc.

Les Cathares furent victimes d’une alliance de papes et de capétiens, ils s’inscrivirent dans l’histoire du Moyen-Âge en lettres de feu et de sang. La tragédie de leur disparition suscita un sentiment de révolte justifié, et leur cause attira sympathie et respect.

Cette croisade contre les Albigeois, dont les péripéties militaires se poursuivent, en fait, jusqu’en 1244 (chute de Montségur), et même 1255 (prise de Quéribus), aura pour conséquences directes le rattachement à la couronne Capétienne d’une grande partie du Midi, ainsi que l’extinction quasi définitive d’une civilisation aux aspects originaux.

Ce fut une guerre de Sécession, la nôtre, ponctuée de victoires, de défaites, de retournements de situations incroyables, de sièges innombrables, de massacres sans excuse, de pendaisons, de bûchers monstrueux, avec, çà et là, des gestes trop rares de générosités.
Un nouvel ordre fut instauré, celui des rois de France.

J’ai structuré cette recherche en plusieurs chapitres :

1 – Le Cadre Religieux et Social,
2 – La Religion Cathare
3 – Le Cadre Languedocien
4 – La Croisade contre les Cathares
5 – Ma Conclusion actuelle

______________

1 – LE CADRE RELIGIEUX et SOCIAL

L’homme du Moyen-âge occidental, qu’il prie, qu’il combatte, qu’il travaille, selon la répartition en trois ordres de la société, perçoit l’art, le politique, le social, la vie, la mort … en un mot, le monde qui l’entoure, en termes spécifiquement religieux.

Ces trois Ordres sont :
Le Travail, laissé au peuple (paysans, artisans),
Le combat, pratiqué par les nobles,
La prière, confiée au clergé.

L’An Mil est passé. On attendait le retour du Messie dans sa gloire. Dieu ne s’est pas manifesté. L’Homme se doit de renouer les liens rompus, pense-t-il, par sa seule faute (religion vient du latin religare : relier).

Le rôle intermédiaire du prêtre est remis en question, d’autant plus facilement que la hiérarchie ecclésiastique se préoccupe alors davantage de conserver ses prérogatives et de collecter ses impôts, que de vivre les exigences de pauvreté et de charité des Evangiles dont elle se réclame. Les prélats séculiers n’ont pas fait vœu de pauvreté et mènent grand train. Beaucoup de prêtres et abbés (clunisiens principalement) vivent en état permanent de “péché“, et choquent par leurs excès (fornication, simonie).

Au 11ème siècle, des voix hérétiques s’élèvent pour dénoncer la validité des sacrements lors que ceux-ci ont été conférés par des clercs indignes. Pour ces hérétiques, l’indignité du clerc entache le sacrement de nullité.

Contre un Clergé devenu odieux dans bien des cas, des Hommes de Foi s’élèvent, explorent ou redécouvrent, hors les chemins balisés du catholicisme, des voies différentes de salut, et professent ouvertement, dès le début du 11ème siècle, des doctrines contestant les dogmes de l’église.

En effet, ils rejettent les rites de l’église et se refusent à vénérer le crucifix (tout comme les Cathares et les Templiers).

Ce rejet de la Croix est capital. La croix est l’instrument de supplice sur lequel l’Envoyé de Dieu a été humilié :

“Adorerais-tu la corde qui à pendu ton père ?“

Diront les Cathares.

Vers l’an mil, un paysan champenois convaincu d’hérésie parce qu’il brisait des croix et qu’il prêchait la chasteté, se suicide de honte et de désespoir.

En 1022, une douzaine de chanoines les plus religieux de la cathédrale d’Orléans sont brulés vifs pour hérésie.

L’Eglise a l’impression de voir ressurgir le spectre de l’Arianisme dont elle croyait pourtant bien s’être débarrassée.

Les chrétiens Arianistes, dans les premiers siècles du christianisme, considèrent Jésus comme un envoyé de Dieu, mais pas comme Dieu lui-même.

Au concile de Nicée, en 325, l’Empereur Constantin expulsa les 1730 prélats partisans d’Arius, et fit voter par les 320 restants le dogme de la nature Divine du Christ.

2 – LA RELIGION CATHARE

Le Catharisme est le plus important des mouvements contestataires.

Dans les années 970, une hérésie dualiste est prêchée à Byzance et en Bulgarie. C’est le plus ancien constat d’existence de ce courant.

Si l’on tient compte des Eglises Bogomiles de Bulgarie ou de Bosnie, avec lesquelles les liens doctrinaux sont très étroits, c’est de l’Angleterre à l’Asie mineure (Turquie actuelle) qu’’il convient d’étendre la présence et l’influence de ceux qu’aujourd’hui, nous appelons, de façon générique, les Cathares.

Quant aux Bogomiles, ils auraient tiré leur nom d’un grand Hérésiarque appelé Bogomil, en langue slave (version du nom grec Théophile) “Ami de Dieu“. Il s’agit vraisemblablement d’un personnage légendaire.

Cathare dérive vraisemblablement du vieil allemand Ketter, signifiant Hérétique.

L’étymologie longtemps admise de Katharos, “pur“ en Grec, est aujourd’hui contestée.

Au moyen âge, dans la région du Rhin, le chat était l’une des incarnations du mal, et chat, se disait “Katte“, c’est-à-dire “sorcier“.

C’est aussi un jeu de mot faussement érudit entre “catharistes“ (secte antique de manichéens, ou purs) et “chatistes“ (sorciers adorateurs du chat), à partir d’une appellation populaire “ cati“.

On retrouve le mot cathare dans al-cazar (le Kaiser, le Tzar c’est-à-dire le chef, l’empereur, celui qui dirige). Ce serait donc un titre en quelque sorte initiatique.

On a dit que, persécutés, les Cathares parurent se disperser, mais prirent ″des voies tortueuses et souterraines″. Or, on retrouve le mot Cathare dans le terme désignant certain royaume mystérieux et souterrain et désigné par le mot : AGARTHA.

Là existerait des bibliothèques contenant tous les secrets, toutes les connaissances. Ce serait en outre la demeure du ″Roi du Monde″ dans lequel on peut reconnaître le Christ-Roi.

Quoiqu’il en soit, selon les lieux, on les appelle aussi Bougres, Albigeois (nord de la France), Poplicains, Piphles (Flandres), Publicains (Angleterre), Pétrobusiens, Patarins(Italie) …

L’Eglise les désigne souvent sous les vocables plus généraux d’Ariens, de Manichéens ou tout simplement d’Hérétiques.

Ils se désignaient entre eux de l’appellation générique : “les Chrétiens“ un peu comme les Cheyennes se nommaient de leurs côté “les êtres humains“.

Partout, elle les persécutera. Pourtant, seul le Languedoc connaît une guerre “Sainte“ d’une telle ampleur (une autre croisade en Bosnie échoua. Le Catharisme y disparut au 15ème siècle).

Nous connaissons la doctrine et la liturgie Cathares grâce à quelques originaux.

Leur étude montre que les Cathares sont des CHRETIENS avant tout. Ils se réclament du Christ et des Evangiles (principalement celui de Jean).

Comme beaucoup le savent :
″Au commencement était le Verbe (dans certaines traductions était la Lumière),
et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu …″
C’est le début du prologue de l’Evangile de Jean.

Dans les temples Cathares (de simples habitations), le Nouveau Testament était ouvert en permanence à cette toute première page du premier des Evangélistes. Dans ces mêmes Temples, brûlaient des flambeaux ″symbolisant le baptême du feu″.

Les livres de liturgie ou de théologie lus par les Cathares, ce sont le Nouveau Testament dans son intégralité, sauf quelques emprunts à l’ancien.

Le texte latin ou grec à partir duquel ces livres ont été traduits en occitan était la Vieille Languedocienne. Si l’on veut savoir comment les Bons Hommes utilisaient ces textes, il faut se référer au LIVRE DES DEUX PRINCIPES et à sa forme littéraire.

Le texte écrit est l’écho du parler où chaque nouveau degré dans l’explication est soutenu par deux ou trois références scripturaires.

Cette avancée pas à pas, cette lourdeur scolastique est caractéristique de la pensée médiévale. La logique est rigoureuse, imparable mais lente et TOUJOURS sous la protection des Saintes Ecritures et Rome aura du mal à trouver la parade.

Je cite :

″j’ai l’intention de parler des deux principes en l’honneur du Père Très saint ; je réfuterai l’opinion du principe unique … et je commence ainsi : s’il n’y en avait qu’un, ainsi que le pense les gens ignares, il faudrait nécessairement qu’il soit bon ou mauvais ; or il ne peut être mauvais car, s’il était mauvais, ne sauraient procéder de lui que les choses mauvaises et non les bonnes, ainsi que le dit le Christ dans l’Evangile de Saint Mathieu : ″ un mauvais arbre donne de mauvais fruits ; un bon arbre ne peut donner de mauvais fruits , ni un mauvais arbre de bons fruits″.

Mais leur conception même de Dieu, leur vision du christ et leur approche des textes, les éloignent fort du catholicisme romain qui voit en eux des Manichéens (au 3ème siècle, le Prophète Perse Mani ou Manès se présenta comme l’envoyé du Christ, le Paraclet, cet Esprit-Saint annoncé par Saint-Jean).

Il synthétisa la pensée de Zoroastre pour l’Iran, du Bouddha pour l’Orient et de Jésus pour l’Occident.

″Le porteur de Lumière se doit d’unir l’Orient et l’Occident″
Et pour ce faire, cette religion devient Missionnaire.

Il influencera la gnose musulmane et il survivra en Chine jusqu’à la fin du 14ème siècle.

Dualiste, son Eglise, très structurée, à forte cohésion doctrinale, s’implanta de la Chine à l’Espagne. Partout persécutée, elle faillit néanmoins supplanter le catholicisme qui en garda, jusqu’aux 16ème et 17ème siècles une constante phobie.

C’est enfin une ″religion du livre″. Il était en effet capital pour Manès de consigner par écrit de façon à éviter les interprétations et les déviations qui avaient entaché d’erreurs les précédents messages délivrés oralement. La religion de la Lumière est toute entière dans les sept livres canoniques au contenu fixé une fois pour toutes.

Même si une filiation ininterrompue entre l’Eglise de Mani et les Cathares Languedociens n’a jamais été prouvée.

On ne sait pas grand-chose de Zoroastre, réformateur de l’antique religion dualiste Iranienne dont il faudrait faire remonter les origines aux civilisations du 3ème millénaire avant notre ère.

L’époque où il vécut est elle-même incertaine, puisqu’elle flotte entre 1200 et 500 avant Jésus-Christ.

On s’accorde à le faire vivre entre 660 et 583 avant Jésus.

Il est cité par Platon.

Pythagore aurait figuré au nombre de ses disciples.

Son nom, Zarathoustra, en langue Zend, donne lieu à plusieurs interprétations. Il signifierait “l’Astre d’Or“ ou “l’Astre Brillant“.

Il fonda la religion Mazdéiste à partir d’éléments contenus dans de vieilles traditions venues des rives de l’Indus.

La notion fondamentale du Mazdéisme est le conflit permanent des deux principes :
Celui du Bien, représenté par Ormuzd ou Ahura Mazda,
Celui du Mal, incarné par Ahriman ou Angra Mainyu.

La vie n’est donc que le résultat de ce combat, cette guerre continuelle entre le Bien et le Mal, entre la Lumière et les Ténèbres, voila la conception de la vie pour Zoroastre.

L’homme, spontanément, mesure sa vie à tout le mal qu’il a subit, rarement à celle du bien qu’on lui a fait. La notion du mal est donc instinctive chez lui, partant, son dénominateur commun.

Cela permet de proposer, mais non d’affirmer, que l’homme est mauvais par nature et que, pour devenir bon, il doit contrecarrer cette nature. Ce faisant, l’homme ne fait que s’élever avec courage contre lui-même. C’est pourquoi à peu près toutes les religions dualistes ont été pratiquées par des hommes courageux.

Mani, ou Manès est né le 14 Avril 216 en Babylonie septentrionale. Il connu la religion de Zoroastre par la foi de son père.

De tous les systèmes dualistes qui se sont manifestés après la naissance du christianisme, le Manichéisme est le plus connu.

Le Manichéisme est une religion universelle en ce sens que Manès se considère comme le dernier Envoyé porteur de la Vérité intégrale.

Il n’en reste pas moins vrai que les similitudes de doctrines sont très grandes.

Les Cathares rejettent, en effet, avec vigueur l’idée catholique d’un Dieu personnel, unique, créateur du Tout, de l’Homme et du libre arbitre. Car, pour eux, le Dieu d’absolue bonté qu’adorent les catholiques, n’a pas pu vouloir pour sa créature les souffrances, les épidémies, les famines, les guerres, l’injustice, la mort …

Le MAL,
D’autant que prescient (connaissant donc l’avenir), il savait, qu’imparfait et libre, l’Homme se détournerait de lui.

Ils ne comprennent pas que ce Dieu unique et parfaitement bon (ayant donc “produit“ le Mal, d’une façon ou d’une autre) ait ensuite chassé sa créature du paradis et l’ait condamnée à souffrir.

Il existe donc une éternité bonne, infiniment stable ; et une éternité mauvaise, celle de la matière, consistant plutôt en une durée indéfinie, perpétuellement agitée de changements contradictoires.

Posé en termes de “création“, ce problème du Mal amène en effet à douter soit de la toute bonté de Dieu, soit de sa toute puissance.

Conscients du Mal comme tout un chacun, ils l’expliquent par un principe coéternel opposé au Dieu bon, au Dieu de Lumière, qu’ils nomment Prince des Ténèbres.

On a donc affaire à une conception dualiste. Dans la cosmogonie Cathare, ce principe mauvais est “créateur“ du monde visible, de la matière et donc de notre enveloppe corporelle dans laquelle est enfermée une parcelle divine de lumière.

Le Rituel occitan parle explicitement des tuniques de peau qui sont prisons du mal. Dans ce vêtement, prison de chair, l’âme, créature divine, dort, en oubli de sa patrie céleste.

Par ruse, séduction ou terreur, le prince de ce monde, le Mal, la retient dans ses liens.

Le Dieu Bon règne sur les cieux et a créé les esprits ; le Dieu Mauvais règne sur la terre et a créé les choses visibles donc leur forme charnelle, tandis que les âmes des êtres humains étant des esprits ont été créées par le Dieu Bon. Il en résulte que l’enfer est en réalité le monde terrestre, que nous connaissons par nos sens. Il existe donc, probablement, des hommes qui n’atteindront jamais la possibilité du retour à la sphère de la lumière parfaite. Ce sont ceux dont la personnalité contient davantage de ténèbres que d’éléments lumineux. Ils croupiront donc longuement dans le monde de la matière, et seront un jour détruits par un retour au néant.

Cependant, le Mal contient en lui-même son antidote, car il crée la douleur, ce qui doit engendrer les efforts des être déchus pour regagner leur patrie originelle. La fuite devant la douleur tient donc lieu de libre arbitre ; elle est donc l’élément nécessaire et moteur de la Rédemption.

Pour les Cathares, si les deux principes se partagent l’univers, ils sont fondamentalement inégaux dans leur nature et dans leur valeur. Si la lutte est gagnée d’avance par le Dieu bon, elle ne l’est pas pour Satan, qui est, par essence, un être aveugle, chaotique, voire stupide. Et Satan sera finalement vaincu, puisqu’à la fin des temps, les âmes pures seront récupérées par le Dieu du bien, leur créateur. Mais Satan vaincu, ne sera pas détruit, puisqu’il continuera d’exister dans sa géhenne.

D’où l’affirmation du caractère éternel des deux principes.

Une lutte cosmique sans merci oppose ces deux principes. Dans cette logique, Jésus ne peut être de chair.

C’est un être “spirituel“ envoyé par le Dieu de Lumière, venu révéler à l’Homme le message de la Gnose (Gnosis = connaissance), grâce à laquelle l’Homme, devenu conscient de la parcelle divine prisonnière qui l’habite, va s’efforcer, par une vie d’ascèse, de libérer son âme et contribuer, par là même, à la victoire finale du Dieu de Lumière.

Les Cathares, en dualistes modérés, envisagent l’hypothèse que les deux principes ne seraient pas égaux, donc le Mal aurait une fin et le Bien finirait toujours par l’emporter sur le Mal.

De ce dualisme découlait ce qu’enseignaient les prédicateurs :
L’âme d’essence divine est enfermée dans sa prison charnelle, elle est condamnée à passer d’une prison à une autre qui peut être le corps d’un animal. Cette errance dans le monde du mal doit durer jusqu’à ce que l’âme, prenant le pas sur le corps physique, impose à celui-ci le renoncement à tout ce qui participe du monde diabolique. Ne plus mentir, ne plus jurer, ne plus manger de viande, ne plus procréer, vivre dans la non violence et l’amour conduit peu à peu à l’état de parfait, l’état sans péché. La fin du monde n’est plus un arrêt brutal suivi d’un jugement de toutes les âmes et une séparation entre élus et non élus.

Dans ces conditions, sur cette terre, la distinction homme/femme, noble/manant, maître/esclave n’est qu’une illusion du démon.

Le christ, jouait, pour les chrétiens Cathares, le rôle de messager de la bonne nouvelle du Père.

On sait que le mot évangile signifie bonne nouvelle.

Participant de la nature divine, il ne pouvait se soumettre à la souillure d’une tunique façonnée par le diable. Il n’était pas ange tombé, mais Fils envoyé par le Père.

Selon les Cathares, l’incarnation christique eut essentiellement une valeur symbolique. Sur terre, elle n’aurait eu lieu qu’en image. C’est parce que le monde est aujourd’hui incapable de comprendre la vie contenue dans un symbole, qu’il n’a pas saisi toute la grandeur de la croyance Cathare.

La mission terrestre de Jésus fut essentiellement, selon les Cathares, une mission d’enseignement.

Les Cathares voyaient dans le fils de Dieu, un envoyé du ciel, un Maître souverainement sage, dont l’enseignement dirigeait les hommes vers le chemin du salut, sans leur enlever le devoir d’y avancer par leur effort personnel, par l’effet de leur propre volonté.

On le voit, le Catharisme se présente donc aussi comme une religion initiatique. Le Cathare entreprend sa propre démarche spirituelle. Grace à la stricte application des préceptes des Evangiles (paix, justice, charité …), il parviendra à arracher son âme de sa prison de chair.

Dans cette approche du Divin, Dieu ne “descend“ plus sur l’homme pour le sauver par sa souffrance, comme dans le Catholicisme.

A charge, au contraire, pour le Cathare, par une profonde prise de conscience et une recherche constante des voies de salut de “s’élever“ vers Dieu.

Plus d’êtres passifs, angoissés et implorant une grâce extérieure et salvatrice venue “d’en haut“, mais des êtres “libérés“, s’élevant vers la divinité par un effort incessant, uniques artisans de leur propre salut et participant à l’avènement du règne du Dieu de Lumière.

Les adversaires des Cathares n’ont vu dans leur “culte solaire“ qu’une adoration au premier degré.

Le Christ est donc le héraut (et le héros) de Lumière, semblable au Soleil Invincible, que vénéraient les gnostiques des premiers siècles dans le culte de Mithra (le Catholicisme empruntera au Mithraïsme plusieurs de ses mythes).

Mithra était perçu comme une “entité solaire“ et les Cathares célébraient leur fête de printemps au jour de l’équinoxe.

En commun, toutefois, ils proclamaient :

* Que du Dieu bon, régent de la Lumière, dépendaient toutes choses spirituelles et intelligibles,
* Qu’au mauvais Dieu (Satan) obéissait le monde sensible,
* Que les âmes, tombées du ciel sur terre et prisonnières du corps, devaient se réincarner aussi longtemps qu’elles n’auraient atteint l’état de perfection propre à leur origine,
* Que la Trinité devait se comprendre comme un Dieu unique à trois visages,
* Que le christ (un ange) était une créature momentanément émanée de la monade divine pour enseigner les hommes,
* Que ses miracles n’étaient à entendre que comme symboles,
* Que sa personne n’avait d’humain que l’apparence,
* Qu’en conséquences il n’avait connu ni la faim, ni la soif, ni n’avait subi sa passion, ni n’était mort et donc n’était pas ressuscité,
* Que la Vierge aussi était un ange, non issue de parents mortels,
* Que seule la Gnose (la Connaissance) pouvait sauver, et non l’acte rédempteur du christ, que l’adoration de la croix relevait aussi du Démon et, pour cette raison, ils ne se signaient pas.

Pour les Cathares, le monde n’était qu’une illusion. La source de cette croyance était logique.

Par définition, Dieu est éternel. Il n’a ni début, ni fin. Or, le monde, et tout ce qu’il contient, y compris nous, a eu un début, et aura une fin. DONC, la substance de Dieu et celle du monde sont opposées.

Dieu et Jésus étaient-ils de la même substance ?

Jésus, même ressuscité, avait, pour s’incarner, un début, sa naissance, et une fin, sa mort sur la croix.

Pour les Cathares, il y avait une séparation complète : d’un côté le bien et de l’autre, le mal.

Le bien, c’était Dieu.

Le Mal, c’était le monde.

Le mal va donc attirer ces esprits, qui sont l’œuvre de Dieu, soit par la force, soit par la séduction, pour les faire tomber dans un piège, celui de l’existence.

Si le monde est l’œuvre du mal, il y a donc une fin. Et cette fin, c’est quand le mal s’étend à l’ensemble de la création.

C’est à ce moment là que l’esprit, cette petite parcelle en nous de l’essence divine, parvient à échapper à sa prison charnelle et s’élève.

Le Mal, dans ces conditions perd son pouvoir, il redevient néant. C’est la raison pour laquelle le monde n’est qu’une illusion destinée à disparaitre le jour du jugement dernier.

Il n’est pas la peine de souligner les divergences fondamentales de cette doctrine, avec la doctrine chrétienne catholique romaine, avec tout ce que le christianisme avait hérité de la vieille théologie juive (ancien testament).

Pour devenir Parfait (ou Bon Homme ou Bonne Femme, comme on disait alors), l’adulte, encore “simple croyant“, après une solide préparation de trois années, reçoit le Consolament (consolamentum en latin), lequel est un baptême, au sens initiatique du terme.

Le récipiendaire se voit imposer les mains par un Parfait et reçoit l’Esprit-Saint qui lui révèle la véritable nature divine de son âme et lui ouvre le chemin de la Gnose (introspection), qui fait de lui un “éveillé“, un “initié“, apte à libérer son âme par une vie d’ascèse.

C’est le seul sacrement, qui est le baptême de l’esprit.

La religion Cathare requiert de ses ministres, et d’eux uniquement, une exemplarité de tous les instants.
Ils se doivent d’appliquer à la lettre les enseignements du Christ et des Evangiles. Ils refusent de prêter serments, s’obligent à dire toujours la vérité (on imagine les conséquences devant l’inquisition !), à rejeter l’envie, la colère, la jalousie, les vices de toutes natures.

Ils s’abstiennent de tout contact sexuel ou même physique (procréer signifierait pour eux, précipiter et enchaîner une âme, œuvre du prince des Ténèbres), mais considèrent la reproduction comme normale pour les simples croyants (il faut bien “fournir“ des corps aux âmes qui doivent achever de se purifier sur terre).

Seuls, les parfaits, s’astreignaient à respecter strictement des interdits ; qui étaient au nombre de trois (3) (comme les Manichéens) :
SEINS, BOUCHE, MAINS ;

Les Seins, symbole de procréation, donc recréer une tunique de peau pour enfermer, de nouveau une âme, parcelle de lumière créée par le Dieu bon.

La Bouche, symbole de nourriture ; pourquoi continuer à vivre quand tous les cycles sont accomplis et que la voie divine s’avance, cela s’appelait l’endura, mais la bouche est aussi symbole de mensonge, du blasphématoire.

Les mains, symbole de violence, le Parfait Cathare refusait de se battre, ne cherchant à prouver que par l’exemplarité.

Même au plus fort des persécutions, ils apportent aux croyants le Consolament des Mourants (sorte de viatique pour l’au-delà qu’il ne faut pas confondre avec celui dont nous venons de parler).

Ils soignent les malades, aident aux travaux des champs, ne possèdent rien, n’exigent rien (pas de dîme) et œuvrent comme le plus humble des paysans occitans dont ils partagent le repas.

Aussi sont-ils respectés, aimés. Plus peut-être que dans la teneur même de leur message, dans l’exemplarité de leur vie et la simplicité chaleureuse de leur contact, qu’il convient de chercher l’explication du succès du Catharisme.

L’ampleur de la résistance durant et après la croisade, les moyens mis en œuvre pour abattre “l’hérésie“, sont là pour nous indiquer que la seule doctrine n’explique pas tout.

L’Eglise des Cathares est purement spirituelle.

Pas de culte, pas de Temple ni d’Eglise (le château de Montségur est le seul “Monument Cathare“ véritable, construit par eux).

Les seuls vrais “châteaux Cathares“ sont les maisons communautaires ouvertes à tout un chacun que les parfaits Cathares crées dans les ruelles du “castrum“ (village en occitan).

Il ne bâtir ni temples, ni chapelles, affirmant que le cœur de l’homme est la seule église de Dieu.

Pas plus que d’art Cathare, il ne put exister de conception Cathare d’un ordre politique et social d’origine divine, d’un droit divin, d’une juste violence, ni d’une guerre sainte.

Pas de chef suprême non plus, mais quatre évêques nommés en 1167, pour les diocèses de Toulouse, Albi, Agen et Carcassonne (un cinquième, celui de Razès, sera créé en 1226). L’évêque Cathare est secondé par son Fils Majeur, son Fils Mineur (sortes de coadjuteurs) et par des diacres.

Scrupuleusement honnêtes, ils se voient aussi confier un rôle de banquiers, comme les Templiers. En 1167, à la date de la création des évêchés Cathares, un Concile se serait tenu à Saint-Félix-Lauragais en Haute-Garonne. Selon un chroniqueur du 17ème siècle qui l’affirme, un certain Nicétas représentant les Eglises Bogomiles (Bogo-mil = ami de Dieu) serait venu le présider.

Ils ne représentent pas plus une religion monolithique que le Judaïsme dont les innombrables sectes sont souvent oubliées sous l’aspect d’une croyance monothéiste unique que l’on se plaît communément à leur attribuer.

Etymologiquement, le mot HERESIE, en grec, signifie choix et non erreur. En ce sens, seulement, ceux qu’on a appelés CATHARES méritent le terme d’hérétiques ; par ce qu’ils avaient fait un choix, celui du dualisme, et qu’ils avaient choisi de vivre toutes les conséquences de ce dualisme. Il ne nous appartient pas, quelles que soient nos convictions par ailleurs, de dire qu’ils étaient dans l’erreur, car ils vivaient dans l’amour, la tolérance et la non violence.

D’autre part, leurs arguments, s’ils peuvent aujourd’hui paraître étrangers à notre monde, avaient autant de rigueur, sinon plus que leurs adversaires qui les ont, souvenez-vous, massacrés, mais surtout ont éradiqué définitivement leur foi de l’âme des hommes et des femmes du Moyen Age.

Le sang des martyrs chrétiens, et la cendre des martyrs Cathares, témoignent également contre ce culte de l’homme que nos progressistes chrétiens ou athées veulent nous imposer, comme l’enseignement d’un Saint Bernard rejoint celui des Parfaits dans un héroïque appel à un dépassement de la misérable condition humaine.

3 – LE CADRE LANGUEDOCIEN

L’Arianisme, professé officiellement en Languedoc jusqu’au 6ème siècle, a-t-il marqué suffisamment les mentalités, jusqu’à les rendre plus réceptives, des siècles plus tard, aux thèses Cathares ? C’est peut-être aller chercher bien loin.

Bien plus favorables sont, au 12ème siècle, les facteurs économiques, politiques et culturels, d’une société occitane caractérisée par un réel climat de réceptivité, d’ouverture d’esprit, de liberté.

Une inconnue en “France du Nord“, influence alors les comportements sociaux :
Le Paratge.
Selon cette idée, des personnes de classes sociales différentes peuvent posséder un honneur et une dignité comparables. Egalité en dignité des seigneurs et des manants, des hommes et des femmes. Il représente les vertus d’honneur, de loyauté et de droiture s’appliquant à l’amour de la dame aussi bien qu’au domaine politique et religieux.

Il ne s’agit pas encore d’égalité de droit mais de respect de la personne, d’une “égalité d’âmes“.

D’ailleurs, le servage n’existe pas en Languedoc.

Le Paratge est à la fois indication d’idéal social et impulsion mystique, règle de vie extérieure et intérieure.
Le sentiment de l’honneur correspond à la vénération de l’esprit divin dont une parcelle réside dans chaque individualité.

L’hommage rendu à l’autre, à la femme particulièrement, la courtoisie, l’esprit de sacrifice, la considération pour autrui sont la manifestation des qualités de l’âme engendrant le don des biens et le don intérieur de soi.

Le troisième pilier est désigné par le terme de Convivencia. Ce mot, emprunté à la langue des troubadours appartient toujours au catalan moderne.

C’est la faculté d’accepter facilement des comportements et des points de vue différents des siens propres.
Très loin de tout nationalisme exacerbé, de tout racisme destructeur, la Convivencia est l’expression de la tolérance.

L’homme d’Oc réclame pour lui-même la liberté de pensée, mais cette liberté, il l’accepte également pour autrui.

Lorsqu’il croit cette liberté menacée, il se révolte et, pour la défendre, il accepte de mourir.

Est-ce hasard si c’est précisément à cette époque et en Languedoc que naît l’amour courtois, cette conception à la fois “romantique“ et religieuse de l’amour ?

Les troubadours chantent la Femme et surtout la respectent comme jamais auparavant dans l’histoire.

L’idée Cathare de réincarnation qui affirme que l’homme peut renaître femme ou que le baron peut avoir été paysan, sera admise sans trop de peine par les Languedociens, et particulièrement par les femmes.

Considérées, reconnues par le Catharisme à l’égales de l’homme, elles seront parmi ses plus fidèles partisans et défenseurs.

Les églises chrétiennes ont toujours eu tendance à considérer la créature féminine comme la fille d’Eve, la première pécheresse, la tentatrice, celle par qui le mal arrive.

L’apôtre Paul donna les bases à la misogynie chrétienne naturelle, celle qui interdit aujourd’hui encore le sacerdoce aux femmes dans l’église catholique.

La théologie Cathare n’accordait nulle créance à la fable d’Eve et du serpent, non plus à celle d’Eve et de la côte d’Adam.

Liberté politique, liberté des hommes, liberté des esprits aussi.

Avec navires et caravanes circulent les idées. Elles sont accueillies avec tolérance, curiosité, intérêt même.
Juifs, Chrétiens, Musulmans, vivent en harmonie certaine.

Le Paratge impliquait tout naturellement une tolérance en un domaine ailleurs fortement gardé, celui de la liberté religieuse, philosophique. Des juifs participaient à la mise en place d’universités, des Manichéens avaient trouvé refuge en Aquitaine, l’Arianisme, apporté par les Wisigoths avait laissé quelques traces, cependant que le comté de Foix abritait les descendants de Priscilliens.

C’est vers 1150 qu’est fixée par écrit, en Provence, la Cabbale (Isaac l’Aveugle).

On fait appel aux exégètes juifs pour la traduction de la Bible.

Une civilisation de qualité, un niveau culturel élevé, une large tolérance d’idées, en fallait-il davantage pour permettre à une grande religion de s’exprimer. Tel sera le cas. La religion qui trouverait son nom bien plus tard : le Catharisme.

Il appartenait à l’humain de transmuter en soi la tentation maligne de cultiver l’amour universel et de partir à la recherche du joyau divin dissimulé au profond de chaque être incarné. C’est le :
“Connais-toi toi-même et tu connaîtras les secrets de la nature et des dieux“
gravé sur le frontispice du temple de Delphes.

L’histoire des peuples et des religions montre que les religions “de Quête“ trouvent à s’exprimer lorsque un haut niveau de culture et de tolérance les porte.

Et ce n’est que vers 1240 que les attaques contre les Juifs s’accentueront.

En 1239 ″NOTRE BON ROI″ Saint-Louis fera saisir tous les ouvrages des synagogues.

En 1269 il obligera la population juive à porter un signe distinctif d’infamie cousu sur les vêtements :
la rouelle (bien avant Hitler et le régime nazi avec l’étoile jaune).

Saint Dominique viendra, de son Espagne natale, prêcher contre les Cathares et essayer de les ramener “à la raison“. Vivant pauvrement à la manière des Parfaits, il parcourt, dès 1205, le Razès, la région de Carcassonne, participe à des joutes oratoires (courantes à l’époque), où s’opposent déjà les célèbres Parfaits Guilhabert de Castres ou Benoît de Termes et les théologiens catholiques. Il fonde l’ordre des Frères prêcheurs, parmi lesquels seront choisis, par le pape Grégoire IX, et après sa mort (1221), car il n’avait jamais accepté d’utiliser d’autres armes que la parole, les plus tristes figures de l’Inquisition catholique (mais les Franciscains étaient leurs adjoints). Ses efforts sincères auront un succès limité et il se rendra vite compte de leur inefficacité.

4 – LA CROISADE CONTRE LES CATHARES

Toute bascule le 15 Février 1208.

De retour d’une mission manquée à Toulouse, Pierre de Castelnau est assassiné à Saint-Gilles-du-Gard.
Raymond VI est tout de suite désigné comme responsable du crime.

Innocent III, après dit-on, mûre réflexion, se décide à frapper.

Le sort en est jeté. La répression armée, une lutte de quelques 45 années, va ensanglanter le Languedoc.

Pour conserver son monopole d’accès au divin, pour préserver ses biens et son autorité, l’Eglise déclare et prêche la guerre “sainte“ dans toute la chrétienté.

En juin 1209, une armée de presque 1oo ooo croisés se rassemble à Lyon, parmi lesquels un certain Simon de Montfort.

Leur but premier : extirper “l’hérésie“, défendre la “foi“.

A la tête de la croisade, un clerc intransigeant jusqu’à la cruauté, Arnaud-Amaury (ou Arnaut Amalric), abbé de Cîteaux, légat du pape Innocent III.

Avant le début officiel des hostilités, la descente des croisés en terre occitane se solda, à Tonneins, par un véritable “Oradour sur Glane“ ; la ville fut mise à sac, ses 500 habitants exécutés et la ville rasée.

Raymond VI, comte de Toulouse (1156/1222) a compris la menace qui pèse sur ses terres.
Le 18 Juin 1209 à Saint-Gilles-du-Gard, il accepte de se soumettre à l’église, de se faire flageller et humilier devant ses représentants.

Il ira jusqu’à s’enrôler dans la croisade.

Il préférera composer.

Il sait que les terres d’un croisé sont inviolables.

Il est clair pour Raymond-Roger Trencavel, neveu de Raymond VI, que la croisade se dirige vers ses terres.
Le jeune vicomte (25 ans) relève le défi, alerte Béziers, promet des renforts, retourne à Carcassonne pour préparer le siège de cette ville.

Le 22 Juillet, tous les habitants de Béziers sont massacrés. Pas de quartier. Catholiques Juifs ou Hérétiques, prêtres, bourgeois, soldats, manants, femmes, enfants sont exterminés. A cette époque, Béziers compte 20 ooo personnes dont 150 Hérétiques et 200 à 300 juifs qui sont restés solidaires de la population et l’on payé de leur vie.

“Tuez-les tous ! Dieu reconnaîtra les siens“

se serait écrié Arnaud-Amaury. Réelle ou imaginée, la phrase attribuée à l’abbé de Cîteaux n’en recouvre pas moins une atroce réalité.

Commence alors le siège de Carcassonne.

Pierre II d’Aragon tente une négociation qui échoue.

Devant le risque d’épidémie et le manque d’eau, Trencavel négocie la vie sauve de la population mais, au mépris des règles de chevalerie, il est fait prisonnier, jeté en prison le 15 Août 1209 et meurt dans celle-ci le 10 Novembre de la même année.

Qui, au mépris du droit féodal, osera s’approprier une terre dont le Seigneur n’a pas été excommunié ?

Il faut l’insistance du prélat et l’ordre formel d’Arnaud-Amaury pour qu’un petit seigneur d’Ile de France accepte d’en prendre possession :
Simon de Montfort (1160 – 1218)

Il se montrera intraitable, inutilement cruel en plusieurs circonstances. Pendant neuf ans, il va mettre le Languedoc à feu et à sang.

A l’automne 1209, la majorité des croisés s’en est retournée. L’hiver venu, la résistance s’organise, les villes se soulèvent et Simon de Montfort perd la plupart des places soumises.

Au printemps 1210, Montfort reçoit d’importants renforts.

A Bram, il fit couper le nez et crever les yeux à une centaine de prisonniers et les envoya sous les murailles du château de Cabaret toujours insoumis et qui, après cela, finira par se rendre.

En Juin 1210, Minerve capitule. Les 140 Cathares qui refusent d’abjurer périssent sur le bûcher. Seules trois femmes qui acceptent de se convertir sont épargnées.

Sur les Trois ou Quatre mille parfaits brûlés, on ne connait tout au plus CINQ cas d’abjuration.

Fin 1210, Montfort a étendu ses conquêtes jusqu’au Pyrénées. L’année 1211 est marquée par l’excommunication du comte de Toulouse, Raymond VI.

Lavaur tombe au printemps 1211. Le plus grand bûcher de la croisade (4oo brûlés).

Ce fut un massacre “à froid“, savamment calculé, qu’ordonna Simon de Montfort.

Dame Giralda, sa châtelaine, désignée comme “horrible hérétique“ et “incestueuse“, fut livrée aux soudards, violée puis jetée dans un puits et recouverte d’un tombereau de pierres.

On assiste, au cours de l’année 1211, à de véritables massacres.

L’aspect religieux est certes toujours présent, mais c’est en fait à une véritable guerre qu’il se livre.

Raymond VI demande à son beau-frère Pierre II, Roi d’Aragon, d’intervenir comme suzerain protecteur de nombreux fiefs occitans.

Le 13 Septembre, à Muret, Pierre d’Aragon trouve la mort. Aragonais et catalans se débandent. Déroute occitane

Raymond VI implore le pardon de l’église.

Le Languedoc s’incline devant la loi des armes. En Novembre 1215, le concile de Latran IV officialise la décision du concile de Montpellier confiant à Montfort le comté de Toulouse.

Après 7 ans de guerre, la croisade semble toucher à sa fin. Pourtant !!!

Fin Avril 1216, Raymond VI et son fils de 19 ans, Raymond VII, rallient à la cause occitane une grande partie des villes du Sud.

En septembre 1217, ils font une entrée triomphale à Toulouse.

Capitale occitane, carrefour des civilisations où se côtoyaient Chrétiens, Juifs, Musulmans.

Une ville d’échanges et de culture où fleurissait l’art des troubadours.

Prévenu, Montfort assiège la ville. C’est au cours de ce long siège, mémorable à bien des égards, d’une violence inouïe qu’il trouve la mort.

Pendant la bataille, Simon de Montfort pria en ce termes :
“Jésus-Christ, accordez moi aujourd’hui de mourir sur le terrain ou d’être vainqueur“
Il fut tué par une pierre tirée par un mangonneau.

Selon la tradition, l’engin meurtrier était manié par des femmes. Son fils Amaury lui succède mais, malgré sa valeur, le fils n’égale pas le père.

Début 1219, Amaury de Montfort marche sur Marmande. Après la capitulation de la ville, l’armée des croisés se précipita sur celle-ci.

“Tous, hommes, femmes, enfants furent passés par le fil de l’épée ».

Les morts, les chairs, le sang couvrent partout le sol.

Quel festin pour les chiens et les oiseaux de proies“
Nous dit la chanson de la croisade.

La deuxième croisade, comme la première, s’ouvrit par un gigantesque massacre : 5 ooo morts.

Louis VIII retourne en France. Malgré sa vaillance, Amaury de Montfort connaît, jusqu’en 1222 défaite après défaite. La “reconquête occitane“ se poursuit.

Après 14 ans de guerre, de massacres, de bûchers, on est revenu à la situation politique et religieuse d’avant 1209.

Une nouvelle croisade, royale celle-ci, s’abat sur le Languedoc.

Le 30 Juin 1226, Louis VIII se croise.

Catholique sincère, il a de plus conscience des produits que peut en tirer la couronne de France. Après la mort de Louis VIII, le 8 Novembre 1226, sur le chemin de retour de la croisade, sa veuve, la régente, confirme la mission de la croisade. La guerre se rallume, les bûchers aussi.

Blanche de Castille comprend qu’il est temps de récolter les fruits de la croisade et que l’heure de négocier a sonné.

Le 12 Avril 1229, Raymond VII signe un vrai traité politique (traité de Meaux ou de Paris) aux conditions proprement hallucinantes.

Il s’engage à se soumettre totalement au Roi et à l’Eglise, à combattre “l’hérésie Cathare“, à payer d’énormes intérêts et dommages. Il se plie à tout, il accepte toutes les clauses et plus encore … Même l’obligation de se croiser en Terre Sainte. Il accepte la prison pour lui, l’expulsion de son épouse de Toulouse, le mariage de son unique héritière au frère de Saint Louis. De ce fait, à sa mort, son gendre devint Comte de Toulouse et, après la mort de ce dernier, le comté fut annexé par la couronne de France. Flagellé, humilié sur le parvis de Notre-Dame, comme son père à Saint-Gilles en 1209. Il signe la capitulation sans condition de tout le Languedoc.

A la suite d’une guerre épuisante, le vainqueur de Simon de Montfort, l’artisan de la reconquête sonne de son propre chef et contre toute attente, le glas de l’indépendance occitane.

La croisade a asservi les corps, reste à asservir les âmes.

Le concile de Toulouse, en Novembre 1229 institutionnalise l’inquisition. En Avril 1233, le pape Grégoire IX (1165 – 1241) confie à l’ordre des Dominicains une mission de “Gestapo“ et des pouvoirs illimités.

Le pape Innocent IV intensifia l’action de l’inquisition pour achever l’éradication du Catharisme.

Les Cathares sont recherches, arrêtés, torturés, jugés, brûlés.

L’inquisition tua peu. Là n’était pas son rôle.

Pour éliminer l’église interdite, il lui suffisait de capturer et de livrer à la mort son clergé clandestin. Elle enquêta, intimida, érigea la délation en système, confisqua les biens.

Les excès des inquisiteurs provoqueront des révoltes. A la résistance religieuse s’ajoute un dernier sursaut de l’Occitanie. Le signal de l’insurrection générale est donné en Mai 1242. Partie de Montségur, une petite troupe massacre plusieurs inquisiteurs à Avignonet. La réaction de Louis IX est foudroyante. Les alliés de Raymond VII préfèrent de ne pas intervenir.

En Janvier 1243, à Lorris, près de Montargis, Raymond VII s’agenouille une nouvelle fois devant le roi de France qui pardonne.

L’Eglise, elle, ne pardonne pas Avignonet. Il lui faut détruire définitivement le dernier bastion du Catharisme, le Château de Montségur, cette “synagogue de Satan“, dressée sur son pog, comme un défi.

Assiégé par l’Archevêque de Narbonne et le sénéchal de Carcassonne, Montségur résiste près d’an. Il succombe en Mars 1244.

Peu après la chute de ce haut-lieu de la foi Cathare, un immense bûcher est préparé.

Plus de 200 martyrs sont brûlés “dans un enclos de pals et de pieux“, en un gigantesque holocauste.

Montségur est, en fait, le seul château à mériter pleinement son qualificatif de Cathare. Sa construction fut décidée par l’église Cathare au concile de Mirepoix.

Très vite, ses adversaires allaient le surnommer :
“Le Vatican de l’hérésie,
La tête du dragon,
La synagogue de Satan“

Construit sur un Pog (pic) imprenable. Pressés par le froid et la faim, les assiégés désespérant de tous secours, négocièrent leur reddition. L’endroit supposé du martyr collectif (205 à 225 Parfaits) prit le nom de “ Prat del Cramats“ (champ des brûlés), ou ″lou Patus Cremat″ (le Pré-Brulé). Ils meurent en chantant Hosanna parce que le ciel promis s’ouvre devant eux et parce qu’ils savent que sera sauvé le GRAAL.

Pendant ce temps, quatre Parfaits furent cachés dans une grotte avant d’être descendus dans le ravin, le long de la falaise pour aller se cacher dans la Spoulgas de Bouan, grotte fortifiée des environs d’Ussat les Bains.

Des quatre évadés, trois seuls sont connus.

Que n’a-t-on pas écrit sur le quatrième, l’inconnu comme si en ces circonstances, l’histoire avait voulu laisser porte ouverte au mystère.

C’est ici que commence la légende …

Château du Graal, trésor des Cathares, Temple solaire, à Montségur se rencontrent les mystères de la mythologie cathare et de la symbolique occidentale.

Les ruines qui couronnent actuellement le Pog de Monségur ne sont pas plus solaires que Cathares. Le château Cathare fut rasé et brûlé par les soldats du pape et du roi de France. Ce n’est qu’un demi-siècle plus tard que les propriétaires du lieu firent édifier l’actuel château, qui a subit les outrages du temps et de l’abandon, et devint ruine.

Vers 1255, après 47 ans de lutte armée et de persécution, la forteresse de Quéribus tombe à son tour. C’est le dernier acte militaire d’une guerre dont le coût en vies humaines est estimé à près de UN million de victimes.

Quand au Catharisme, clandestin depuis longtemps, il est moribond. Ses derniers adeptes, traqués, survivent quelques temps, dans les grottes et forêts pyrénéennes ou bien s’exilent en Espagne, ou en Italie, où, mêlés aux Vaudois. Ils finiront par se fondre, quelques siècles plus tard, dans le protestantisme.

La lente agonie des “vrais Chrétiens“ dure plus d’un siècle.

Au début du 14ème siècle, Pierre Authié tentera de réimplanter la foi Cathare en Languedoc, mais sans succès.

Le dernier Parfait dont l’Histoire a retenu le nom, Guilhem (Guillaume) Bélibaste, meurt sur le bûcher de l’inquisition. La tradition lui attribue une bien étrange prophétie :

« Au bout de sept cents ans, reverdira le laurier“

Cela se passait à Villerouge-Termenès, dans l’Aude … en l’an de grâce 1321.

A cette époque, il ne faisait pas bon afficher une quelconque différence. Malheur aux dissidents, aux minorités, aux malades !!

Juifs, Vaudois, Cathares, Templiers et autres hérétiques, mais aussi prostituées, homosexuels, lépreux firent les frais de la plus grande répression mise en place à l’échelle d’un continent : l’inquisition.

Alors que nous jetons l’anathème sur la conduite d’autres religions, tenter de tirer les enseignements de notre propre histoire religieuse, complice d’à peu près tous les crimes de la civilisation occidentale, jusqu’à la barbarie nazie, est un premier pas nécessaire sur le chemin de la compréhension.

Cette guerre sainte, ordonnée par la papauté, fut suivie par une véritable guerre de conquête au profit du royaume de France, provoquant une rébellion générale.

Puis, libéré de l’envahisseur mais exsangue, le Languedoc tomba comme un fruit mûr entre les mains du Roi de France.

Ce fut une véritable guerre de sécession, la nôtre.

Un nouvel ordre fut instauré, celui des Rois de France.

5 – MA CONCLUSION ACTUELLE

Avant d’être brulé, en 1310, Pèire Autier, l’un des dernier ″Bons Hommes″ Cathares confiait à ses compagnons :

Je vais vous dire la raison pour laquelle on nous appelle hérétiques :

c’est que ce monde nous hait,
comme il a haï Notre Seigneur Jésus, qu’il a persécuté, ainsi que ses apôtres.

Si les Cathares ont disparu, c’est sans doute parce que les pouvoirs de leur temps ont fait d’eux des hérétiques.

Ainsi est né ce que l’on appelle Hérésie, qui n’est pas autre chose qu’un choix ou un point de vue d’un homme ou d’un groupe d’hommes qui soutiennent des opinions contraires, c’est-à-dire que l’on ne peut déceler cette pensée déviée ou défigurée que par rapport à la Vérité, puisqu’en définitive, l’Hérésie est toujours un ″rapport à″.

C’est la même force qui a crucifié Jésus, a forcé Socrate à boire la ciguë, lapidé Hypathie, écorché vif Manès, envoyé à la mort les Purs d’Occitanie et les Chevaliers du temple.

Le Catharisme ne survécut pas au Moyen-Âge, il n’y a pas de version du Catharisme adaptée au temps modernes, au siècle des lumières, au temps de la révolution industrielle. Pas d’arguments Cathares dans le débat interne du christianisme qui a retiré à l’église catholique son privilège d’exclusion. Est-il donc impensable d’essayer d’évoquer une position Cathare dans notre monde déchiré et avec des intégrismes montants.

Si les croyances Cathares ne sont pas forcément convaincantes, elles n’en montrèrent pas moins des vues qui comptent parmi les plus subtiles de la théologie ancienne. Leur point faible ne provenait pas de leur manque de rigueur intellectuelle, mais plutôt d’un excès contraire. Le Catharisme représentait une tentative étonnante, et en quelque sorte désespérée, pour essayer de concilier l’idée d’une divinité ″totalement bonne et parfaite″ avec l’expérience que chacun peut trop facilement faire d’un monde qui contient beaucoup d’éléments mauvais.

On peut caractériser le Catharisme comme une religiosité limitant au maximum les pratiques et les croyances superstitieuses, ce qui est un rationalisme avant la lettre particulièrement remarquable.

Depuis l’an Mil, les hérétiques se laissèrent caractériser par leur refus des cultes de caractères néo-païen promus par les autorités catholiques :
Processions d’intercession pour les récoltes, (ce n’est pas Dieu qui fait les belles récoltes, c’est le fumier qu’on y met).

Pèlerinages vers des reliques ou des statues miraculeuses de saints.

Ce christianisme sans croix, fut un christianisme sans chapelle, sans statue, qui refusa toujours d’enfermer dans une parcelle de matière visible la moindre image du sacré.

Le Catharisme a déposé des ferments spirituels par sa pensée, comme des incidences politiques et sociales par sa répression, les conséquences furent incalculables et ne sauraient être surestimées. La pensée chrétienne, la structure de l’église chrétienne, les problèmes des rapports entre le spirituel et le temporel ne furent plus les mêmes après le Catharisme.

Ce christianisme spirituel refusa le mal en ce monde au nom d’une idée du bon et du bien. C’est d’abord le christianisme ouvrant à tous le pardon de Dieu. Une telle proposition conduit forcément l’église à abandonner tout rôle de garde-chiourme du paradis et de l’enfer.

La religiosité Cathare n’était pas une doctrine de ″battants″ décidés à bousculer les foules et conquérir le monde comme les croisés du pape ou les disciples de Mahomet, mais une espérance purement spirituelle de l’avènement du royaume de Dieu. Refusant, au nom de préceptes évangélistes, d’utiliser ″les moyens du Mal″ – coercition, violence, mort – . Moins que tout autre, le système religieux Cathare ne pouvait pas servir un système politique de pouvoir, ne pouvait résister aux agressions d’un système politico-religieux de pouvoir.

Depuis quelques années, ésotéristes modernes, spiritualistes, historiens de toutes tendances, se penchent sur l’histoire, en suivant les tenants et les aboutissants du Catharisme.

Certains ont voulu voir, chez les Cathares, des précurseurs de valeurs républicaines, des héritiers du druidisme celte ou des gnoses antiques. D’autres les ont comparés aux Templiers, aux alchimistes médiévaux …

Les nazis ont tentés de les associer à leur mythologie.

Les énigmes de Rennes-le Château évoquent leur trésor.

L’aura de mystères qui entoure les “Bons Chrétiens“ est propre à susciter encore bien des recherches.
Depuis longtemps déjà, “Histoire et Mythes“ s’entremêlent et constituent “la réalité“ du Catharisme d’aujourd’hui.

Le Catharisme des 12ème et 13ème siècles occitans appartiennent aux “Bons Chrétiens“ morts sur les bûchers, à ceux qui se disaient “Amis de Dieu“.

Le public qui se presse au pied du Pog de Montségur ne vient pas là par hasard.
Il vient y chercher aujourd’hui, même de façon inconsciente,
“Le message des Cathares“
Sa venue témoigne d’une soif spirituelle réelle.
Les hommes, de nos jours, de plus en plus effrayés par leur devenir, se tournent plus volontiers vers leur passé pour y puiser quelques raisons d’espérer.

Les religions n’apportent plus ce qu’elles apportaient antan.

Le christianisme, trop de pieux mensonges,
L’islam, trop de fanatisme,
Le bouddhisme, trop oriental.

Ce qui faisait la valeur du Catharisme, et le fait toujours, c’est le souci essentiel et permanent de perfectionnement intérieur qui, seul, permet la remontée vers l’esprit.

Loyauté, haine du mensonge, souci d’entraide et de fraternité, sens de sa propre responsabilité, abandon de toute volonté de puissance et de domination, etc. … sont les qualités que les Cathares voulaient développer.

En ce début de siècle, le problème du Mal se pose avec une acuité nouvelle :
Egoïsme, violence, volonté de pouvoir, esprit de domination, mensonge partout répandu, menacent notre civilisation.

A l’indifférence générale, fléau de nos grandes villes et souvent de nos villages, ne pouvons-nous pas opposer la force de la solidarité individuelle ou collective, les forces fraternelles qui adoucissent le malheur de l’autre.

Le ″diable″ apparaît comme tout-puissant en un siècle dominé par le cynisme, l’égoïsme et l’argent. Dieu, le bon, reste en dehors de cette inique création où nous serions tous en exil, monde où notre principal ennemi sera notre Ego.

Avoir le désir de participer à une tâche altruiste sans orgueil, sans attendre de remerciements, atténuer son égoïsme, sont de petits pas vers la sagesse.

Ne pas rendre autrui responsable de ses erreurs, du mal que nous faisons, ne pas s’absoudre aux dépens des autres, éviter de susciter par vanité, égoïsme ou haine, le Mal quoi, lorsque nous en sommes les victimes sont autant d’échelons qui amènent l’homme terrestre vers sa transformation intérieure.

Les efforts humains doivent aboutir à l’établissement d’un véritable humanisme.

Saurons nous utiliser dans le présent les impulsions et les germes du passé pour un futur de liberté intérieure et sociale, d’équité, d’amour et d’harmonie universelle ?

Le bûcher de Montségur doit rester un symbole, pas tant celui de la lutte d’un peuple pour sa liberté, que d’une mise en garde devant la perpétuelle tentation de l’intolérance.

Au début du troisième millénaire, chacun, même au travers du prisme déformant de son imaginaire à droit, me semble-t-il de nos jours :

A sa propre démarche,

A sa propre quête du Graal.

″Adisiats″, ce qui veut dire en Langue d’Oc ″Au Revoir″

Jean-Louis Sauvajon

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Bibliographie :
Jean-Michel ANGEBERT        Christian BERNADAC             Jean BLUM
Anne BRENON                      Jean DUVERNOY                   Lucienne JULIEN
Jean MARKALE                     André NATAF                        René NELLY
Déodat ROCHE                      Michel ROQUEBERT

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