Février 2012 : Christine DARMAGNAC « La Naissance de l »Ecriture »

Vendredi 24 février 2012

« La naissance de l’écriture »

Christine DARMAGNAC
Diplômée de l »Ecole du Louvre et de l »Institutd »art et d »archéologie (Sorbonne)
Titulaire d »un titre de conférencière

D’abord on compte, ensuite on écrit.

D’abord le besoin de dénombrer, de recenser, de compter…puis la nécessité de mettre au point un système organisé qui permettrait de laisser des traces, de communiquer, d’être compris. Un système qui va évoluer en accord avec la société que l’homme s’est créée.

L’écriture est née au milieu du IV ème millénaire av. notre ère, en deux espaces géographiques distants, en basse Mésopotamie et en Egypte. Son invention s’inscrit dans l’évolution que connait l’homme depuis la néolithisation, ce passage de la nomadisation à celui de la sédentarisation, de l’état de chasseur-cueilleur à celui d’agriculteur-éleveur, son installation en village, la nécessité de se doter d’un outillage, de céramique… Dans la partie méridionale de la Mésopotamie, le pays de Sumer a vu se développer au IV ème millénaire, des Cités-Etats, parmi lesquelles Uruk occupe une place privilégiée. Les fouilles conduites dans les années 1920 par des archéologues allemands ont révélé sur Uruk V (v. 3400), dans l’espace cultuel de la cité, quelque 5000 tablettes et étiquettes d’argile gravées de signes, appelés pictogrammes (signes renvoyant à une réalité concrète, par exemple des jarres, des têtes avec des cornes, des épis de céréales…) et portant des empreintes qui se révéleront être des notations numériques. L’écriture a répondu aux besoins de compter, recenser, faciliter un état des stocks, dans un contexte religieux celui du service quotidien apporté aux dieux qui, pour être efficaces aux hommes doivent être chaque jour nourris, choyés….

La mémoire étant limitée, l’écriture fut inventée comme aide-mémoire, répondant à la nécessité de pallier ses limites. Et puis on mesura les avantages que l’écriture offrait : ainsi de simple aide-mémoire, elle devient par la suite appareil au service des pouvoirs royal et religieux (elle consignera des généalogies royales, des cosmogonies, des hymnes religieux…), et enfin instrument de culture (servant à écrire des dictionnaires, diffuser des préparations médicales, consigner des recettes de cuisine…). Inventée par les hommes, c’est pourtant aux dieux que l’on donnera la paternité : l’écriture d’origine divine devient sacrée, son contenu n’est pas à remettre en question.

Chacune de ces contrées va se doter de son propre système graphique, le cunéiforme mésopotamien, les hiéroglyphes égyptiens, tous deux d’une notable fiabilité dans le temps puisqu’ils existeront plus de trois millénaires, et pour le cunéiforme un remarquable rayonnement dans l’espace, puis qu’il servira à écrire une quinzaine de langues, indo-européenne comme sémitique, de l’espace syro-mésopotamien, dans les mondes égéen et iranien…. Le cunéiforme, système graphique fait de l’assemblage de petits coins (de cunéis en latin) servit à l’écriture à caractère monumentale comme aux documents d’archives ; les Egyptiens se dotèrent de trois écritures : les hiéroglyphes pour les inscriptions à caractère monumental gravées dans la pierre des temples et des statues, peintes dans les tombes, et de deux écritures cursives, le hiératique, puis au VII ème av. notre ère le démotique.

Elle s’organisera en différents systèmes : composés de signes-sens, des pictogrammes, puis des idéogrammes (signe renvoie à une idée, un concept), puis vers le milieu du III ème millénaire av. notre ère de signes-sons (phonogrammes). Paradoxalement, l’écriture cunéiforme se faisant plus précise réduit le nombre de ses signes, passant d’environ un millier dans le système pictographique, à quelques centaines dans le système syllabique (phonographique) à une trentaine pour les premiers systèmes alphabétiques.

Les écritures cunéiformes et le hiéroglyphique égyptien furent déchiffrés au cours du XIX ème siècle, par le britannique Rawlinson pour les premières et le français Champollion pour la seconde. Enfin la dernière née : l’’écriture alphabétique fut inventée par les Cananéens d’Ougarit (Syrie act.) : premier alphabet, rédigé en cunéiforme, vers le XIV ème siècle av. notre ère. On le retrouve environ deux siècles plus tard, chez les Phéniciens, sous une graphie qui n’est plus celle du cunéiforme. Cet alphabet phénicien linéaire, déchiffré par l’abbé J.J. Barthélemy au milieu du XVIII ème est l’ancêtre de tous les alphabets.

________________

Vous aimerez aussi...