Janvier 2012 : Christophe VIGERIE « Naissance de la spiritualité dans l »histoire humaine »

Vendredi 27 janvier 2012
 » L »origine de la spiritualité dans l »histoire humaine « 

Christophe VIGERIE

( Voir diaporama en bas de page )

Préambules : Construction de la dénaturalisation

Pour bon nombre de personnes, la Préhistoire et l’archéologie pourraient se résumer à mettre au jour des vestiges de notre passé avec comme seule intention leurs expositions dans les vitrines de Musées à la fréquentation anecdotique.

Certes, il est facile de contredire cette affirmation quelque peu exagérée concernant le faible intérêt du grand public pour l’attrait muséographique de l’archéologie.

Il suffit de comptabiliser le nombre de visiteurs sur une année du Musée du Louvre, du British Muséum, du tout récent Musée des Arts Premiers et de la copie de la grotte de Lascaux pour arriver à un total approchant le nombre d’habitants d’une capitale européenne de moyenne grandeur.

Il est vrai que les progrès dans le domaine de l’imagerie de synthèse associé aux techniques de fouilles de plus en plus précises nous révèlent l’histoire et la préhistoire comme si nous y étions.

La vie de nos ancêtres en 16/9 et haute-fidélité, frissons garantis à tous les étages de l’évolution.

Au-delà de ces prime time aux images ripolinées sur la vie des hommes préhistoriques, qu’elle est l’intérêt de l’archéologie et de la préhistoire pour nos sociétés modernes ?

Après tout, quel besoin avons-nous de savoir si tel ancêtre de notre espèce se tenait debout ou à quatre pattes ? Pourquoi ralentir voir même arrêter un chantier de construction d’utilité public sous le prétexte de la présence de quelques bouts d’os fossiles, d’outils en silex d’un âge immémorial ou de tout autres vestiges archéologiques ?

Si cette question peut sembler incongrue à bon nombre d’entre nous, il n’est pas inutile de rappeler que le monde où nous vivons est la conséquence d’une succession et l’imbrication d’événements astronomiques, géologiques et biologiques sur une durée de temps qui dépassent l’entendement.

Or, 99,99% de ces événements ne sont connus que sous la forme d’archives fossiles souvent partielles. De plus, ces archives sont des instantanés qui ne révèlent qu’une infime partie de l’ensemble, comme une pièce de puzzle isolé. Individuellement, les archives fossiles ne signifient rien. Ce n’est qu’en associant une découverte aux précédentes que le chercheur peut concevoir rétrospectivement la chaîne d’interactions qui les relient les unes aux autres.

L’objet archéologique n’a de sens qu’au travers du prisme de l’interprétation de l’observateur et de sa culture. Le travail d’un archéologue ne se limite pas à cataloguer les objets qu’il découvre afin d’établir des échelles chronologiques et des cartes de répartitions spatiales des espèces. Sa fonction est de comprendre les processus qui ont progressivement transformé les organismes vivants qui peuplent notre planète depuis des millions d’années. Évidemment, parmi la multitude d’espèces qui sont l’objet d’études, il y en a une qui nous est particulièrement chère, l’espèce humaine.

Or, si celle-ci n’est pas la plus complexe en terme physiologique, elle possède un attribut qui la distingue de toute les autres, un cerveau à la taille disproportionné au regard de sa masse corporelle. D’aucun pourrait d’ailleurs penser qu’il s’en sert bien trop souvent avec parcimonie à la vue de l’état actuel de la politique internationale et de notre environnement.

À première vue, ces problèmes paraissent êtres la conséquence de notre modernité. En effet, il semble peu probable que les populations de chasseurs collecteurs, préhistoriques ou contemporains, et les sociétés agro-pastorales néolithiques aient un quelconque rapport avec les conflits contemporains, la pollution due aux hydrocarbures et le réchauffement climatique.

En effet, si l’on s’en tient à l’aspect purement événementiel de ces phénomènes, il est difficile de les relier à ces populations de notre lointain passé. Notre condescendance, ou notre fascination, pour les populations aux économies archaïques nous amène trop souvent à les apprécier selon des critères qui sont très éloignés de la réalité.

Pour beaucoup, le mythe du bon sauvage ou de l’Indien respectueux du bison à la vie dure. Combien ont une vision idyllique du quotidien de ces populations sur lesquelles nous projetons nos fantasmes d’une vie “naturelle” qui n’a jamais existé que dans notre imaginaire occidental.

Ça ne signifie pas que ces populations n’étaient pas proche de la nature. Encore aujourd’hui, comme tous les animaux, nous obéissons à des nécessités biologiques. S’alimenter, éliminer, se reposer, se reproduire, etc.

Cependant, ces obligations étaient et sont encore dominées ou, plus justement, ordonnées par à une particularité partagée par bien peu d’espèces, la culture.

Un serpent ou une abeille naissent avec l’ensemble des informations nécessaires à leur vie. Ils peuvent immédiatement se mettre en quête de nourriture ou intégrer la ruche sans l’obligation d’apprendre à devenir un “bon” serpent ou une “bonne” abeille. Ils n’obéissent qu’à l’innée.

A contrario, pour devenir un bonobo, un chimpanzé ou un dauphin, il faut apprendre. Ces animaux, comme quelques autres, sont des animaux sociaux. Il suffit d’aller dans un zoo pour voir leur détresse psychologique lorsqu’ils sont séparés de leurs congénères.

La complexité des rapports entre les individus est régulée par le partage d’une culture commune dont le ciment social est le partage d’une organisation des relations.

Une des particularité des animaux “supérieurs” est de vivre au sein de groupes où les relations entre les individus ne sont pas exclusivement dictées par la force ou la généalogie.

Des études réalisées par des comportementalistes sur des populations de grands primates ont bien mis en évidence la part importante de la coopération entre des individus n’appartenant pas toujours à la même fratrie.

Jusque-là, du point de vue psychologique, rien ne distingue rigoureusement notre espèce des autres animaux dits supérieurs.

Et c’est bien de cela dont il est question. Qu’est-ce qui nous différencie des autres animaux ?

Certains prétendent que la situation actuelle est une conséquence de la mécanisation et d’une économie de production basée sur le seul profit d’une minorité. À les entendre la vie de nos lointains ancêtres – où et quand ? – était bien plus paisible et surtout intégrait “naturellement” un équilibre entre les activités humaines et l’environnement. Ce serait donc notre modernité et notre économie qui seraient les causes des dysfonctionnements.

Il est évident que la néolithisation et l’apparition d’une économie de production a considérablement transformé notre rapport à la nature avec les conséquences que nous subissons actuellement. Il est indéniable que l’impact d’une population sédentaire et productiviste sur le milieu et largement plus important que celui d’une population de chasseurs collecteurs ignorant le stockage. Cependant, peut-on en déduire que les maux qui s’abattent sur notre environnement seraient du à un changement de contexte économique dont les plus anciens témoignages remontent à douze mille ans? .

Bien sûr, notre passé vieux de plusieurs centaines de milliers d’années nous démontre les capacités d’adaptation de notre espèce. Nous pouvons espérer des découvertes dans les domaines de l’énergie, de la culture matérielle, des transports et du recyclage qui permettront – peut-être – à nos descendants de trouver des réponses à des problèmes qui nous semblent insurmontables.

En effet, pour la plupart des représentants de l’espèce Homo sapiens qui ont adhéré à l »économie de production « inventée » au Néolithique , les plantes et les animaux ne sont présents sur cette planète que dans la perspective d’être utilisé pour nos besoins, sans cesse croissants. Or, il est très difficile de s’entendre sur les mécanismes ou les processus qui ont conduit l’espèce humaine à considérer l’environnement comme une source d’approvisionnement sans limites et, de plus, à son seul profit.

Serait-il possible que cette approche exclusivement consumériste des ressources soit la conséquence d’une construction mentale produite par un processus long et graduel de distanciation entre l’Homme et son environnement ?

Cette « dénaturalisation » pourrait elle être considérée comme le processus d »émergence de la pensée spirituelle?

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