Le Bien et le Mal : une prison à deux cellules ?

Le Bien et le Mal : une prison à deux cellules ?
Jean-Philippe VERLES

Dans notre monde soumis à la dualité, rien ne semble exister sans son contraire.

La sémantique tourne en rond : contraire (= qui est en opposition), opposé (= contraire, inverse), inverse (= qui est dans un sens opposé à un autre sens) et a du « mal » à sortir de cette aliénation qui nous renvoie sans fin de l’un à l’autre … La notion de « sens = signification » semble pouvoir être une issue de secours intéressante.

Les mathématiques, qui ambitionnent de tout modéliser, ont ce même principe au sein de leurs entiers « relatifs » : les entiers dits « négatifs » s’opposent aux entiers dits « naturels » ! La notion de « naturel » est intéressante, le positif serait-il « naturel » ? Seul le « zéro » des mathématiques qui est à la fois positif et négatif, pourrait nous faire espérer sortir de cette « prison à deux cases », mais pouvons-nous résumer nos espoirs à sa seule entremise ?

Cette dualité envahissante symbolisée par ce que l’on appelle des « principes complémentaires, opposés et indissociables », sont à la base des constructions ternaires que l’on retrouve dans la plupart des cultures. Le troisième terme prenant souvent une place supérieure qui s’impose aux deux autres et que l’on dédie au divin dans les mythes ; un troisième terme « réconciliateur » des deux premiers. La République peut être ce troisième terme réconciliateur, mais à condition que tout ne lui soit pas compatible…

Jung, dans sa psychologie des profondeurs, théorise une dynamique de sortie de cette dualité à travers ce qu’il appelle la « conjonction des opposés » et qui nous permettrait de créer du « nouveau » à partir de deux contraires. Cette idée de « nouveau » me plait bien, essayons d’aller un peu plus loin et de voir comment en tirer profit dans une réflexion sur cette problématique.

Dans nos quotidiens, avant d’être Bien ou Mal, ces notions morales et philosophiques se déclinent d’abord par ce qui est « bon » pour nous ou ce qui ne l’est pas et qui donc serait « mauvais », par ce qui nous « soulage » ou à l’inverse nous ferait « souffrir », finalement reconnaissons le, par ce qui nous « convient » ou ce qui ne nous « convient pas ».

Peut-on limiter cette problématique par un simple rapport binaire entre nous, individu, et le reste du monde avec pour seul objectif que le reste du monde ne nous fasse que du « bien » ? Sommes-nous seuls au centre du monde ?

Axel Kahn, dans son livre sur « l’Homme, le bien et le mal » dit qu’il « …n’a eu de cesse que de démontrer que Dostoïevski avait tort : même si Dieu n’existe pas, tout n’est pas possible… ».

Non, tout n’est pas possible, mais pour cela il nous faut dépasser nos individualités, nos peurs, nos angoisses, dépasser ce qui pourrait ne pas nous convenir et d’abord aller vers l’autre plutôt que le fuir ou le combattre, car l’autre n’est pas le mal, en tout cas pas davantage que nous…

Pour revenir et conclure sur le « sens » comme sortie de secours dans cette problématique entre le Bien et le Mal, quel « sens » donnerions-nous à une vie exclusivement centrée sur nous et de laquelle nous exclurions tous les autres ou du moins ceux qui ne nous ressembleraient pas  ?

Entre le Bien et le Mal, pour ma part, je préfère le notion de Justice, celle de Salomon lorsque les deux mères se disputaient le nouveau né, cette justice qui passe par le cœur, par une solidarité et donc par une reconnaissance de l’autre comme étant un partenaire, malheureux ou d’infortune parfois, mais jamais comme un ennemi.

Voilà ce que je transmettrais à mes enfants, voilà les valeurs que je serais fier de les voir porter haut.

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