Septembre 2013 : Table ronde « Le Monde est-il à sens unique ? »

Vendredi 27 septembre 2013

« Le Monde est-il à Sens Unique ? »
Table ronde animée par Jean-Philippe Verles et Jean Guillet

Quelques réflexions préliminaires, provocatrices quelquefois pour bousculer les idées et les convictions ; réflexions bien sûr non exhaustives ou incomplètes … afin que vous puissiez compléter, réagir, contredire, bref faire que cette soirée soit comme les précédentes riche de nos différences.

Le Monde :
Alain Rey nous précise que le premier sens du mot « monde » tiré du latin (XIIs, XIIIs) naissait (venait au monde…) sous la forme d’un adjectif synonyme de : « propre ou élégant », par opposition à ce qui était « immonde », mais aussi sous la forme d’un mot désignant un « coffre ou une cassette » dans laquelle la mariée apportait son trousseau. Il pris ensuite celui d’une parure féminine, pour signifier bien plus tard « l’univers en ordre » (par association probable à propre, élégant … et ordonné) et de se restreindre il y a deux siècles seulement aux « habitants de la terre » sous la définition de « l’ensemble des choses et des êtres créés ».

« Le » Monde : n’y en a-t-il qu’un ? Ne devrions-nous pas plutôt dire « notre » Monde.

En effet, pour chacun d’entre-nous le Monde est d’abord une question de perception individuelle ; il y a autant de « Monde » que de regards porté sur lui, en ce qui me concerne, lorsque je fermerai définitivement les yeux, mon « Monde », que je perçois actuellement cessera d’exister, quand je fermerai les yeux, vous cesserez d’exister dans mon Monde …

Et oui ! Je peux l’affirmer ici, la fin du Monde est proche pour chacun de nous ! Au maximum 120/130 ans avec les progrès de la médecine pour les nouveaux nés et bien sûr plus ou moins … moins …. pour chacun d’entre-nous.

Mais cette fin n’est peut-être pas une fin définitive, religions et croyances portent l’espoir qu’un autre Monde existe ; il est en général meilleur (… tant qu’à faire, car s’il était aussi compliqué et tourmenté que le nôtre aujourd’hui, le jeu n’en vaudrait guère la chandelle … Ainsi, la Terre Promise, la Jérusalem céleste sont toujours plus belles et je ne vous parle pas des vierges promises aux kamikazes !

Ces autres Mondes sont toujours des « promesses » de Mondes meilleurs, promesses jamais acquises mais toujours sous conditions, promesses d’une récompense sur bonne conduite, car l’ombre d’un troisième monde « infernal » nous menace en permanence. Entre Paradis et Enfer, entre carotte et bâton, Dieu guide ses croyants et en eux l’espoir d’une vie meilleure dans l’au-delà.

Dans les religions asiatiques avec les cycles de vies, la « qualité » (les castes) du Monde à venir dépendrait directement des actes commis au cours des précédentes vies. Cette idée est intéressante car elle confronte l’Homme à sa responsabilité directe et donc à sa liberté individuelle d’agir en bon ou en mauvais, sans de la notion de culpabilité … mais finalement, à part la possibilité de pouvoir tenter plusieurs fois sa chance dans des vies successives, cela revient un peu au même car si n’accédons pas au Nirvana au fil de nos vies, nous restons, comme en Occident, enfermés dans des cycles infernaux.

Le paradigme religieux, si on le résumait à cela bien sûr, est terrible…

Mais revenons à notre Monde.

Nous « venons au Monde » et nous le « quittons » disent les formules consacrées … déjà « venir » sous-tend une certaine volonté de la personne concernée (tu viens ou tu ne viens pas, que fais-tu ?) et je ne me souviens pas que l’on m’ai demandé quoi que ce soit en ce qui me concerne : je serais donc venu au monde à l’insu de mon plein gré… et puis cette expression nous « venons au Monde » mais d’où venons-nous et lorsque nous le « quittons », où pourrions-nous repartir ?

Je dirais pour ma part que nous « advenons » au monde.

Nous voyons bien que notre perception du Monde est bornée par des limites inférieures et supérieures sur l’échelle du temps et de l’espace, que l’esprit humain à du mal à accepter, trop fier ou trop orgueilleux de penser que nous ne sommes que cela.

Il lui faut donc « habiller » ces zones hors du « connu » ou du « connaissable » pour amortir ce choc de l’inconnu ou compenser le sentiment que nous valons plus que cela … quand même !

Mais au-delà de nos perceptions individuelles, le Monde « est-il » vraiment davantage que nos perceptions cumulées dans l’espace et le temps ?…

Est-il une réalité à part entière extérieure à l’ensemble de nos perceptions, car finalement s’il n’y avait personne pour « percevoir » le Monde, le Monde existerait-il ?

Le sens :
Alain Rey nous précise que le mot était initialement relatif à une direction géographique, évoluant plus tard de façon abstraite avec l’idée d’une « bonne » direction qui nous mènerait à la bonne destination faisant appel à l’entendement, à la raison, à l’intelligence, d’ou la double acceptation désormais du mot « sens »
Le sens : dans le sens de direction ou d’orientation, induit un mouvement linéaire, porté sur une droite d’ou les notions de « sens unique », « sens opposés », à « double sens », « à contre sens » et donc une notion de binarité, de bon ou de mauvais sens, qui se traduirait pour la morale en Bien et en Mal.

Les sens peuvent-ils s’opposer, se contrarier ?

Il y a dans nos campagnes par exemple le « bon sens » impliquant qu’il puisse y avoir un « mauvais sens » ou alors ce « mauvais sens » en fait n’aurait-il « pas de sens » ou serait-il un « non sens » ?

Peut-il y avoir des « bons sens contraires » ou doivent-ils nécessairement se contrarier entre eux ?
Sauf à considérer qu’il puisse s’élaborer ou s’inventer progressivement, le sens induit une notion de vérité absolue, ou encore un objectif impératif révélé ou à dévoiler.

Comme beaucoup de ses concepts ou notions à portées universelles le Sens, comme la Vérité, comme Dieu peut s’écrire, avec s minuscule au singulier ou au pluriel ou avec un S majuscule, mais alors toujours au singulier.

Des petits sens de tous les jours pour le quotidien de la « semaine », ou le Sens du « dimanche » qui s’impose à tous scientifiquement, philosophiquement ou théologiquement !

Dans notre culture occidentale, (le monothéiste a-t-il un rapport avec cela), la majuscule est toujours associée au singulier qui s’élève au-dessus des pluriels.

Unique :
Avec ce S majuscule, nous en venons naturellement à l’existence d’un « Sens » global qui associerait à la fois le singulier et le pluriel.

Vaste programme … ou vaste illusion ?

Je citerai pour finir Michael Ruse (Prof d’histoire et de Philosophie des théories évolutionnistes) :
« S’il était possible de remonter 500 millions d’années en arrière et de dérouler à nouveau la chaine du vivant, l’évolution aurait-elle conduit à la même biodiversité ? Des êtres sociaux et intelligents comme Homo Sapiens auraient-ils émergés ? La possibilité que l’évolution ait un sens demeure encore aujourd’hui âprement débattue »….

… et de conclure que pour ma part, je ne sais si tout cela à du sens, mais j’imagine (ou espère probablement dans mes moments de faiblesses…) qu’il puisse exister un Sens, masqué sous bon nombre de voiles, mais qu’il en existe un.

Je fais « comme si » !

Mais je ne suis pas dupe non plus, car n’en doutez pas, je doute !


Jean-Philippe

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